François n'est pas Charlie

Rédigé par Aurélien - - 2 commentaires

Pour le pape, la liberté d'expression n'autorise pas à "insulter" la foi d'autrui

Interrogé sur la liberté d'expression des caricaturistes contre les religions, après l'attentat djihadiste contre l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo, le pape François a déclaré: "On ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision".

"Chacun a non seulement la liberté, le droit, mais aussi l'obligation de dire ce qu'il pense pour aider au bien commun. Il est légitime d'user de cette liberté mais sans offenser", a-t-il insisté. Car "si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s'attendre à un coup de poing, et c'est normal".

"Il y a tant de gens qui parlent mal des autres religions, les tournent en dérision, font un jouet de la religion des autres: ce sont des gens qui provoquent", a argumenté François. Mais tuer au nom de Dieu "est une aberration" et "il faut croire avec liberté, sans offenser, sans imposer, ni tuer", a-t-il insisté.



Mon cher François,


Permets-moi, si tu le veux bien, de te répondre de mon point de vue de pauvre mécréant provocateur.

Tu prétends qu'il est du droit et même du devoir de chacun de dire ce qu'il pense. À ce niveau-là, je suis tout à fait d'accord avec toi, d'ailleurs je ne manque pas de faire savoir mon avis lorsque l'occasion m'en est donnée, bien que quelque fois je préfère me taire. Dans certains cas j'estime qu'il vaut mieux maintenir de bonnes relations plutôt que de clamer ouvertement mes positions qui risqueraient fort d'en déranger quelques uns…

Seulement, il y a comme une sorte de contradiction dans ton discours : ainsi selon toi chacun a l'obligation de dire ce qu'il pense, soit, mais ensuite tu t'étonnes que tant de gens parlent mal des autres religions. Peut-être est-il pour toi inconcevable que ce que quelqu'un pense d'une religion soit mal, mais dans ce cas je suis bien désolé de t'apprendre qu'il en va ainsi pour beaucoup de personnes, à commencer par moi-même. Dans ce cas tu comprendras aisément que, pour quelqu'un considérant une certaine foi comme ridicule, dire ce qu'il pense (ce qui aide au bien commun selon toi) consiste précisément à la tourner en dérision. Dire ce que l'on pense ou ne pas offenser les autres, il faut bel et bien souvent choisir ; les dessinateurs de Charlie Hebdo ont fait leur choix, malheureusement certains n'ont pas respecté cette liberté de choix, et ces dessinateurs l'ont payé de leur vie.

Ce dont tu ne te rends peut-être pas compte, c'est que même une personne telle que toi se voulant gentille et bienfaisante (je n'ai aucun doute concernant tes motivations) offense régulièrement d'autres personnes. Mais oui, lorsque je te lis prétendre que les femmes et les hommes ont par nature des rôles différents, que le mariage est «le socle de la famille et la cellule de la société», et que je te vois t'opposer à accorder des droits aux homosexuels, cela m'offense. Oui, je considère ça comme une provocation envers ceux qui, comme moi, ont des croyances et une morale différente. Mais après, ce n'est pas pour autant que je vais venir te faire du mal ni à tes confrères.

Cela dit, je suis heureux d'apprendre que tuer au nom de Dieu est selon toi un acte condamnable, et je suis autant désolé que toi de constater que ce n'est pas là l'opinion partagée par nombre de personnes tout au long de l'histoire.

Mis à part cela, lorsque tu parles de ta mère, si tu fais référence à l'Église Catholique, sache que j'en ai déjà dit du mal à de nombreuses reprises, et que je continuerai certainement à le faire. Je suis désormais prévenu : je suis en droit de m'attendre à un coup de poing… qui ne serait pas très chrétien de ta part, avoue-le.

Sur ce, je te souhaite une bonne soirée, cher ami qui aime tout comme moi traiter de grandes questions philosophiques.


Au plaisir d'entendre de tes nouvelles…

Ton dévoué J. M.


P.S. Prends garde à ne pas trop te ridiculiser tout de même, certains dessinateurs de Charlie Hebdo sont toujours à l'affut…

Alors demain flottera le drapeau noir

Rédigé par Aurélien - - 2 commentaires

La révolution… un terme certes très évocateur, mais qui dans l'esprit de la plupart des gens se réfère soit à des évènements historiques, soit à des conflits violents ayant lieu dans de lointaines régions du globe, en tous les cas quelque part bien loin de nous dans le cadre spatio-temporel. Qui aujourd'hui oserait encore imaginer une révolution en Europe occidentale ?

Et pourtant… comment peut-on espérer un avenir de liberté en écartant d'emblée l'idée de révolution ? Cela me semble bien difficile vu la solidité du système actuel. Croire qu'il s'effondrera de lui-même me semble utopiste ; arriver à une société libre et égalitaire en réformant le système de l'intérieur me semble mission impossible.

En effet, tout est lié. Si l'on s'attaque à une composante isolée du système, les autres s'uniront pour la défendre. Chaque institution du pouvoir a tout intérêt à ce que les autres ne faiblissent pas, car elles se protègent mutuellement. Les tout-puissants milieux économiques, les bras tentaculaires de l'État, les institutions religieuses dogmatiques. Tous s'entraident pour mieux étendre leur contrôle. L'État est intéressé par toutes les rentrées financières apportées par les milieux économiques. Ceux-ci ont tout intérêt à ce que l'État maintienne son autorité, car sans lui pas de justice que l'on peut corrompre pour obtenir ce que l'on veut ni de police pour les protéger en cas de besoin. Les institutions religieuses elles aussi ont intérêt à chercher l'appui de l'État : en bénéficiant d'une reconnaissance officielle, elles sont ainsi assurées de rentrées financières suffisantes qui leur assurent un certain pouvoir peu importe la fréquentation de leurs cultes. De même, l'État gagne à bénéficier du soutien des Églises et autres communautés religieuses, car de cette manière celles-ci se retiendront de critiquer la politique, même lorsqu'elle va à l'encontre de certains enseignements de la religion. Depuis des siècles, beaucoup de religions n'ont-elles pas prôné le respect de la loi et de l'autorité ? De plus, de nombreuses religions, en promettant un monde meilleur pour l'au-delà, sont en quelque sorte anti-révolutionnaires par nature : cela ne vaut pas la peine de lutter pour changer le monde présent si on a l'assurance d'une vie meilleure après la mort.

Dès lors, il est facile de comprendre que les différents pouvoirs, tout particulièrement l'État et les milieux économiques, resteront très solidaires face aux diverses tentatives de les affaiblir ou de les démocratiser. Cela implique que la transformation du système par la voie démocratique est très difficile voire impossible. De plus, la prétendue démocratie actuelle fonctionne en grande partie en jouant sur la peur et sur de fausses promesses. Comment voulez-vous transformer radicalement une société par le biais de politiciens corrompus et de votants facilement influençables ?

Il est nécessaire d'envisager d'autres moyens d'action… ce qui à mon avis passe nécessairement par une destruction des institutions en place, autrement dit, par la révolution. Attention cependant, révolution ne signifie pas guerre civile ni destruction de la société. Ce sont les institutions, clés de voute du pouvoir, qui doivent être démantelées.

Le pouvoir le plus fort et le plus contraignant est celui de l'État. C'est lui qui contrôle la police, le système monétaire et la justice. S'il venait à disparaitre, il sera bien difficile aux autres institutions d'imposer quoi que soit. En effet, si quelqu'un aujourd'hui refuse d'obéir aux lois, il se fait remettre à l'ordre par la police et la justice. Il en va de même s'il refuse la propriété privée. Imaginons maintenant que l'État n'existe plus. Du moment que ni la police ni la justice n'existent plus, plus rien ni personne ne peut contraindre qui que ce soit. Dès ce moment, la propriété privée n'a plus aucun sens ni intérêt : chacun peut ainsi disposer librement de ce dont il a l'usage et qui ne sert pas à quelqu'un d'autre. De même, l'argent n'a plus aucune raison d'être : sans propriété, rien ne sert de baser ses échanges sur une valeur marchande ; seul le principe de l'usage et du non-usage s'applique dans ce cas.

Si l'on venait à détruire le système économique en maintenant l'État (voire en le détruisant par le biais de l'État), la société ne serait certes plus dirigée par les intérêts financiers, mais le pouvoir étatique ne s'en retrouverait que renforcé, restreignant toujours autant la liberté individuelle. De même, le système monétaire étant maintenu, les échanges se baseraient toujours sur des valeurs marchandes. Cette voie est celle du marxisme, qui est nécessairement vouée à l'échec. L'espoir d'un auto-dépérissement de l'État lorsque le capitalisme sera vaincu est illusoire. Du moment que le peuple accepte de déléguer son pouvoir à des politiciens, il s'en trouvera toujours pour prendre gout à ce pouvoir et imposer leur volonté au peuple. Il est peu probable que la majorité de la classe politique accepte de renoncer à son propre pouvoir. Le pouvoir peut corrompre même les plus bonnes et généreuses personnes.

Comme le résumait Bakounine, « Ils [les marxistes] maintiennent que seule la dictature —la leur, évidemment— peut parvenir à libérer le peuple. Notre [les anarchistes] réponse à cette affirmation est qu'aucune dictature ne peut avoir d'autres buts que sa propre perpétuation, et qu'elle ne peut engendrer que l'esclavage du peuple la tolérant. La liberté ne peut être créée qu'à partir de la liberté, c'est-à-dire par une rébellion universelle de la part du peuple et la libre organisation des masses laborieuses de bas en haut. »

Au contraire, si l'on parvient à détruire l'État, tout le reste du système s'effondrera à sa suite. Même les institutions religieuses, pouvant parfois paraitre comme ennemies de l'État, s'affaibliront et seront contraintes soit de disparaitre soit de se transformer en des organisations libres où tout pouvoir et toute contrainte auront disparu. En effet, les gens jouissant de leur pleine liberté n'auront plus aucun intérêt à se réfugier dans des univers sombres et clos dans l'espoir d'un monde meilleur.

Maintenant il convient de distinguer au sein de l'État les institutions de pouvoir et celles qui n'y appartiennent pas. L'État social ne détient pas de pouvoir en soi, rien ne sert donc de s'y opposer. Le développement des assurances sociales, de la promotion de la culture, des services publics et de la protection de l'environnement est à encourager car il permet de limiter les dégâts du système. Au contraire, l'ennemi du peuple est l'État politicien et policier, celui qui lui impose sa vision du monde et le maintient dans son rôle passif. C'est ce celui-là qu'il faut combattre.

Le combat est à la fois individuel et collectif : individuellement, il ne faut pas se résigner à accepter ce rôle passif dans lequel nous sommes confinés ; collectivement, il faut s'organiser pour contourner le plus possible le système et affaiblir le pouvoir. Surtout, il faut convaincre les gens, leur montrer leur aliénation dont certains ne se rendent même plus compte…

La révolution n'est définitivement pas un concept négatif et dépassé. C'est un passage obligé sur le chemin qui mène à un avenir fait de liberté et de bonheur… Mais cette révolution-là doit être différente. Il ne s'agit plus de prendre le pouvoir mais de le détruire.

L'espoir n'est pas mort… la force de notre volonté fera s'écrouler le système. Ensemble nous pourrons détruire ce pouvoir qui nous opprime. Alors demain flottera le drapeau noir au vent de la liberté…

À Dieu ce qui est à Dieu et au peuple ce qui lui appartient

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Dans une société moderne se prétendant démocratique et prônant la liberté de pensée, on serait en droit de s'attendre à ce qu'aucune croyance ne jouisse de privilèges, du moins de privilèges officiels. Or la situation actuelle en Valais est bien loin de cette attente : non seulement de nombreux symboles religieux sont imposés dans des bâtiments publics (attirant des ennuis à ceux qui tentent de les retirer) mais de plus l'État accorde un statut officiel à la religion chrétienne, représentée par l'Église catholique romaine et l'Église évangélique réformée. Ces deux institutions sont ainsi reconnues comme d'intérêt public et bénéficient de généreuses subventions de la part de l'État.

Une telle situation est totalement inacceptable dans un pays démocratique. Les institutions gouvernementales n'ont pas à se mêler d'affaires métaphysiques. Libre à chacun de croire à ce qu'il souhaite, mais il n'est pas normal que telle ou telle croyance soit officiellement soutenue par les collectivités publiques. C'est aux croyants qu'il revient de subvenir aux besoins de leurs institutions religieuses. De même, les textes politiques ayant valeur de droit ne devraient pas contenir de référence au surnaturel. Or est-il nécessaire de rappeler que la constitution cantonale (de même que la constitution fédérale) s'ouvre par la formule « Au nom de Dieu tout puissant ! » ? Et est-il normal qu'une école publique et obligatoire contraigne ses élèves et professeurs à accepter un symbole religieux bien en évidence dans leur classe ?

Comment voulez-vous qu'une religion soit respectée par les gens ne s'en réclamant pas si elle jouit de privilèges sans fondements ? Plus longtemps les Églises refuseront la laïcité, plus elles seront combattues par les non-croyants ainsi que les adeptes d'autres religions. Ce n'est certainement pas dans leur intérêt.

Aussi, il est temps de mettre fin à cette aberration. Que vous soyez chrétien, agnostique, musulman, athée, raëlien ou que sais-je, peu importe, si vous aussi vous estimez que la laïcité est indispensable à la liberté de croyance, alors n'hésitez pas à signer l'initiative populaire cantonale pour un Valais laïc…

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