Sortie du nucléaire: le changement, c'est maintenant

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L'année dernière, je vous faisais part de ma déception quant au faible impact politique de l'accident nucléaire de Fukushima. J'écrivais notamment:

« En Suisse? On parle de sortie du nucléaire pour 2034… c'est loin. Je m'imagine déjà tous les prétextes que nos compagnies électriques vont avancer pour repousser sans fin l'échéance. »

Force est de constater que je ne me suis pas trompé, malheureusement: tout en maintenant l'interdiction de construire de nouvelles centrales atomiques, on parle désormais d'exploiter les existantes jusqu'à 60 ans, ce qui repousse donc la sortie du nucléaire à 2044, la centrale de Leibstadt, la plus récente, ayant été mise en service en 1984.

C'est un paradoxe: les sociétés électriques font du déficit en exploitant leurs vieilles centrales nucléaires, dont les couts de maintenance sont élevés, et pourtant on veut pouvoir les exploiter toujours plus longtemps. À quoi bon?

Heureusement, une initiative populaire a été déposée pour imposer une sortie progressive du nucléaire d'ici à 2029. Nous allons pouvoir voter à ce sujet le 27 novembre prochain.

Les opposants à ce principe avancent qu'il est trop ambitieux d'espérer pouvoir se passer de l'énergie atomique d'ici 2029. Sérieusement?! 2029, cela laisse 13 ans à la société pour s'adapter. Si l'on pense à l'évolution technologique qu'a connu notre société sur la même période, de 2003 à aujourd'hui, je ne me fais aucun doute quant à notre capacité à nous en passer... si la volonté y est, nous pourrions même y parvenir bien avant sans problème.

L'énergie nucléaire représente environ un tiers de la production suisse d'électricité, le reste étant assuré par des énergies renouvelables, en grande partie l'hydroélectricité. Nous avons la chance de ne pas être dépendants de l'énergie nucléaire comme l'est par exemple la France, où se passer de cette énergie relève d'un tout autre défi.

Alors, comment compenser ce tiers manquant?

La première et la plus importante des mesures à prendre est l'économie d'énergie! Le potentiel en la matière est énorme... c'est le moment de réfléchir globalement (et non pas seulement à l'échelle des particuliers) où va l'énergie produite et si son utilisation est justifiée et intelligente.

Ensuite, bien entendu, il s'agit de développer, raisonnablement, les énergies renouvelables, je pense là surtout à l'énergie solaire, dont les possibilités de développement ne manquent pas.

Qu'en pensez-vous? Trouvez-vous utopique d'abandonner l'atome d'ici treize ans? Ne croyez-vous pas que le jeu en vaut la chandelle?

En ce qui me concerne, je ne peux que vous encourager à aller voter oui le 27 novembre, ne serait-ce que pour les générations futures qui, croyez-moi, nous en seront reconnaissantes.

Fukushima, quatre ans plus tard

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Le 11 mars 2011, le Japon vivait le deuxième véritable accident nucléaire de l'histoire.

Beaucoup d'encre a coulé autour de l'atome en cette année-là. La Suisse et l'Allemagne ont même proclamé solennellement leur volonté de s'affranchir de cette source d'énergie.

Mais depuis ? Qu'est-ce qui a changé ? Nos centrales atomiques sont toujours là et on continue à en construire de nouvelles de part le monde. On compte en Chine plus d'une vingtaine de centrales en construction…

En Suisse ? On parle de sortie du nucléaire pour 2034… c'est loin. Je m'imagine déjà tous les prétextes que nos compagnies électriques vont avancer pour repousser sans fin l'échéance.

C'est toujours pareil… il y a un grosse catastrophe, tout le monde en parle et prend de bonnes résolutions ; quelques années passent et tout le monde a déjà oublié.

Car ce n'est pas parce que ça n'explose pas et que ça n'émet pas de CO2 qu'il n'y a pas de problème, ne l'oublions pas. Nos décideurs savent-ils d'où vient l'uranium utilisé dans ces centrales ? Ont-ils une idée des dégâts causés par son extraction ? Sans parler des tonnes de déchets nocifs dont on ne sait que faire.

Certains décideurs n'en ont réellement aucune idée. D'autres le savent mais s'en moquent bien, c'est bien trop loin de chez eux pour qu'ils se sentent concernés. Comment peut-on faire confiance à de telles personnes ? En même temps, pourquoi changeraient-ils d'avis ? Le peuple ne se plaint pas et fait confiance, comme toujours.

Trêve de bavardages. Si vous voulez au moins avoir le sentiment d'être utile, faute de parvenir à fermer vos centrales nucléaires, personne ne vous empêche de signer la pétition en faveur d'une politique climatique équitable.

Oui à l'essence à cinq francs

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Quoi ? Cinq francs le litre d'essence !

Oui, vous avez bien lu. Non, ce chiffre brandi par les opposants à l'initiative proposant d'introduire une taxe sur les énergies non renouvelables en lieu et place de la TVA n'est certainement pas exagéré. C'est ce qui attend vraisemblablement les automobilistes de ce pays si l'initiative est acceptée.

Et pourtant, j'accorderai mon oui à cette initiative. Mais pourquoi donc ?

Avant tout, regardons plus exactement de quoi il est question :

Aujourd'hui, en Suisse comme partout ailleurs en Europe, est en vigueur le système de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Cela signifie que si quelqu'un, qu'il s'agisse d'une entreprise ou de vous et moi, achète des courges à un marchand ou paye le plombier venu déboucher la baignoire, paye en plus une taxe à la Confédération (souvent sans même y songer car incluse dans la facture) : 8% en général, 2.5% pour certains biens «de base» (alimentation, livres, etc.). Cet argent, tout comme les impôts, sert à financer les diverses tâches de la Confédération (services publics, assurances sociales mais encore autoroutes ou armée) et constitue 35% des revenus fédéraux.

L'initiative propose de supprimer cette taxe.

En contrepartie, dans une perspective écologique, une taxe nouvelle serait introduite, taxe qui toucherait exclusivement les énergies non renouvelables (c'est à dire nucléaire, gaz, charbon, pétrole et dérivés) ainsi que l'énergie grise qui se cache derrière de nombreux produits. Cependant ces taxes devraient rapporter à la Confédération autant d'argent qu'en rapporte la TVA aujourd'hui. Naturellement, pour atteindre cet objectif, les taxes devront être très fortes. Cela implique que les prix de l'essence, du mazout, du gaz et, dans une moindre mesure, de l'électricité seront bien plus élevés qu'aujourd'hui.

Certains prétendent que ce n'est pas aux pauvres citoyens que nous sommes de supporter les couts d'une transition vers d'autres énergies plus propres. Eh bien moi je prétends que si. Si, parce que le réchauffement climatique est bel et bien là et nous concerne tous, qu'on le veuille ou non. Et c'est bien nous, en circulant en voiture, en nous chauffant au gaz et en achetant des produits dont la fabrication et le transport sont polluants, qui contribuons au réchauffement planétaire. De plus, avec la suppression de la TVA, les prix de beaucoup de biens et services baisseront, donc au final nous ne payerons pas plus de taxes.

D'autres diront que cette taxe, en remplissant son objectif de diminution de la consommation d'énergie non renouvelable, va en quelque sorte s'autodétruire, menant la Confédération et tout ce qui en dépend (AVS, AI, CFF, …) à des soucis financiers. Bien entendu qu'une telle taxe ne va pas assurer les recettes fédérales sur le long terme ! Seulement, il n'est pas interdit, une fois la taxe sur l'énergie ayant rempli son rôle, de la remplacer à nouveau par une TVA ou d'augmenter les impôts pour les plus fortunés (ce qui serait plus juste qu'une TVA qui s'applique à tous sans distinction).

Par contre, tant que cette taxe sera en vigueur, elle devra pour générer suffisamment de revenus être augmentée au fur et à mesure que la consommation d'énergie polluante baissera, incitant de plus en plus les gens à se tourner vers d'autres sources d'énergie, et, mieux encore, à réduire leur consommation.

De plus, l'essence devenant plus onéreuse, beaucoup de personnes n'habitant pas en zone urbaine risquent de se tourner plus fréquemment vers le train, ce qui générera d'autant plus de rentrées financières aux compagnies ferroviaires et leur permettra d'améliorer leur offre (meilleure desserte en zone rurale, nouvelles lignes, etc.).

De même, la demande pour de nouveaux véhicules non polluants s'en trouvera grandie et les sociétés développant de tels véhicules ne seront plus soumis à la concurrence «déloyale» des automobiles roulant aux hydrocarbures.

Pour couronner le tout, ne plus dépendre des sources d'énergie fossile assurerait un approvisionnement énergétique sans avoir à se plier aux conditions des mafieux qui détiennent les réserves de pétrole, de gaz et d'uranium.

Définitivement, cette idée serait profitable à l'environnement mais aussi au plus grand nombre. Si cela fonctionne en Suisse, alors certainement que l'Europe et même d'autres s'en inspireront.

Ce n'est pas souvent que nous sommes amenés à voter sur des initiatives réellement utiles à la société. Pour une fois que l'occasion s'en présente, il ne faut pas hésiter. Même s'il y a peu de chances que ce pays conservateur accepte une telle mesure, votons clairement OUI !

Cela dit, vous trouverez dans la même enveloppe de votation une autre initiative nettement moins utile. Son objectif ? Réduire les impôts prioritairement pour les familles aisées, secondairement pour les familles moins aisées et pas du tout pour tous ceux n'ayant pas d'enfants. Cela n'est pas présenté ainsi mais c'est bien là de quoi il retourne. Même si une réduction d'impôts sonne bien au premier abord, ce seront autant de coupes dans les services publics, et surtout… un peu de justice, que diable ! Il n'y a pas lieu de favoriser les ménages ayant des enfants face aux autres, et encore moins d'offrir des cadeaux aux riches.

Remplir les coffres, encore et toujours

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Attirer chez soi les plus riches ? À en entendre certains, il s'agit là d'une attitude tout à fait honnête et profitable au plus grand nombre. L'argent que dépensent les multimillionnaires en exil fiscal bénéficie à tous les habitants de la région, ce qui justifie des privilèges fiscaux en leur faveur. C'est du moins ce que prétend une bonne partie de la classe politique suisse.

Un forfait fiscal, c'est quoi exactement ? C'est le régime d'imposition s'appliquant, dans la plupart des cantons suisses, aux personnes de nationalité étrangère résidant en Suisse mais n'y exerçant pas d'activité lucrative. Leurs impôts ne sont alors pas calculés en fonction de leurs revenus ni de leur fortune mais de leurs dépenses. Bien entendu, ces personnes payent ainsi bien moins d'impôts que si elles étaient soumises au système d'imposition ordinaire. L'intérêt pour la Suisse, attirer des riches dans le pays ; l'avantage pour les intéressés, payer moins que dans leur pays d'origine.

Ça, c'était pour la théorie. Voyons maintenant les conséquences.

Tout l'argent ainsi économisé par les exilés fiscaux manquera ailleurs, dans divers pays où il serait certainement plus utile que dans leur compte en banque. Je ne mets pas en doute que la présence de ces «jet-setters» en Suisse soit profitable à certains, et il est fort probable qu'une partie d'entre eux quittera le pays si leurs privilèges venaient à tomber. Mais, indépendamment de ce que ces forfaits fiscaux peuvent apporter de positif, est-ce acceptable de profiter ainsi de l'étranger ?

Ces impôts qui ne sont pas perçus à l'étranger, si l'État veut gagner de l'argent, ce sont des gens comme vous et moi qui doivent les payer à leur place. Sinon, ce sont autant de coupes budgétaires, de licenciements et de réduction de prestations dans les services publics. Mais oui, les gouvernements étrangers ne sont pas bien différents de ceux d'ici, ils veulent gagner de l'argent et ils le prennent là où il se trouve. S'ils ont moins de rentrées fiscales, ce sont les gens d'en-bas qui trinquent, voilà tout.

S'enrichir sur le dos de l'étranger en permettant aux grandes fortunes d'échapper à la redistribution sociale, je ne trouve pas ça très correct. C'est le genre de choses à vous donner honte d'habiter dans ce pays. Mais si vous trouvez cela normal, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? À moins que vous ne soyez un de ces fervents défenseurs du sacro-saint fédéralisme ?

Allons donc, cette Suisse, toujours le parfait modèle. Un brave petit pays qui promeut la démocratie et la paix dans le monde. Toujours en bonne forme, étonnamment… on dirait que les problèmes internationaux ne sont jamais que de légers nuages dans le ciel bleu helvétique. C'est facile quand on vole l'argent des autres. C'est facile de prétendre n'avoir de comptes à rendre à personne tout en permettant aux plus riches du monde entier d'échapper à une redistribution plus juste des richesses… et après on est fier de vanter les mérites de ce fameux modèle de réussite suisse. Si c'est cela la Suisse, eh bien il n'y a pas grande fierté à être suisse.

Cela dit, attirer des riches chez soi n'amène pas que des avantages, loin de là. Ces gens occupent de grands terrains, font monter les prix de l'immobilier, monopolisent les beaux quartiers de nos villes et villages. Accessoirement, cela crée aussi beaucoup d'antipathie de la part de l'étranger. Mais c'est là une autre question.

Ces bons vieux Suisses sont trop fermés sur eux-mêmes, contrairement aux coffres de leurs banques, et la démocratie ne peut que refléter cet état d'esprit. Ce n'est pas une raison pour renoncer… à nous de tenter de les rendre raisonnables.

Caisse-maladie publique : un peu plus de justice

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Il est évident que, dans l'idéal, chacun devrait pouvoir avoir accès aux soins médicaux de base sans avoir à mettre la main au portemonnaie. En effet, personne ne choisit d'être malade et il est juste que la société prenne à sa charge les frais en découlant. Cependant, dans notre système de santé actuel, chacun doit toujours payer une partie de ses frais médicaux (la fameuse «quote-part») et des primes d'assurance-maladie toujours plus élevées.

Bien entendu, un modèle nettement différent serait souhaitable. Cependant, la proposition d'une caisse maladie unique et publique constitue déjà un bon début. Certes, ce n'est pas là une solution miracle qui résoudrait tous les problèmes du système, mais cela permettrait déjà de réduire considérablement les frais de bureaucratie liés aux multiples assureurs privés et leurs innombrables offres toujours plus complexes. Tout l'argent et l'énergie dépensés dans la publicité pourraient être investis plus intelligemment, de manière à ce qu'ils profitent au plus grand nombre. En effet, une part importante des primes payées par les assurés sert uniquement à financer les mécanismes de la concurrence. De même, toute la bureaucratie induite par le jeu des changements réguliers de caisse-maladie disparaitrait, d'où des économies pour le système d'assurance et des soucis en moins pour les assurés.

Un avantage certain d'une caisse publique serait la fin de la chasse aux bons risques pratiqués par tous les assureurs actuels. Chaque société essaye d'attirer les assurés qui présentent le moins de risques d'avoir des problèmes de santé, afin d'avoir le moins de factures possibles à rembourser. D'où des difficultés pour les personnes nécessitant plus de soins à trouver des offres à un prix convenable. Une caisse publique n'aurait aucun intérêt à faire des bénéfices donc aucune raison de proposer des primes très basses aux personnes «peu couteuses» ni d'imposer des primes élevées aux personnes «à risque». Le montant des primes serait réparti de manière équitable et servirait uniquement à financer l'assurance elle-même.

Certains diront qu'imposer à tous une assurance étatique constitue une atteinte à la liberté individuelle. Mais où est la différence avec le fonctionnement actuel ? Chacun est obligé de s'affilier à une caisse-maladie, la seule liberté accordée est celle de choisir quel assureur et quel modèle de couverture des couts il souhaite. Une caisse publique peut elle aussi proposer divers modèles afin de correspondre aux différents besoins de chacun. Et où est l'avantage d'être contraint de s'affilier à une entreprise privée plutôt que d'être contraint de s'affilier à une institution publique ? Il n'y en a aucun, bien évidemment, mais par contre une institution publique sera moins encline à rechercher le profit à tout prix.

Un peu moins de finance dans le système de santé ne peut qu'améliorer la situation. Nous avons certainement à y gagner et n'avons vraiment rien à y perdre, alors pourquoi le refuser ?

Notre pays n'est pas à vendre !

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Vu sur le site de la R.T.S. : Un chantier pharaonique défraie la chronique à Villars-sur-Ollon

Dans la station de Villars-sur-Ollon, un chantier pharaonique défraie la chronique depuis près de 10 ans. Pour plusieurs dizaines de millions de francs, un couple russe se construit un "chalet-château", à moitié enfoui dans la montagne.

Il n'y aurait rien à redire si les propriétaires respectaient les lois et les règlements suisses. Mais depuis quelques années, le chantier dérive.

Autorisations non-respectées, violation de la loi sur la forêt, droit du travail bafoué, le chantier […] inquiète la commune et le canton.

Il est assez amusant de constater la manière de s'inquiéter des politiques :

Débordée par l'ampleur du dossier, la commune confirme que l'implantation ne respecte plus les autorisations accordées, mais reste impuissante. Le permis d'habiter devrait être refusé. A Lausanne, la direction générale de l’environnement promet que les violations de la loi cantonale sur la forêt seront sévèrement sanctionnées.

Résumons la situation : un énorme chantier pose problème depuis plusieurs années mais la commune est tellement débordée qu'elle n'a toujours rien pu faire. Au canton, on voit qu'il y a des soucis mais tout ce que l'on fait c'est de promettre des sanctions. Autrement dit, on voit les problèmes mais on a d'autres chats à fouetter.

Voici donc les politiques travaillant à plein rendement pour protéger leur pays… ce qui pourrait paraitre, disons, plutôt étonnant est que tout le monde se plaint mais on ne parle que de sanctions ou de refuser le permis d'habiter mais pas de bloquer le chantier. Ce ne serait pas là une tâche bien difficile. Mais tant la commune que le canton n'ont-ils pas intérêt à laisser le chantier se terminer et ensuite pouvoir soit taxer fortement les contrevenants soit saisir les biens ? Bien évidemment. Il ne faut pas se faire d'illusions, les politiques pensent à l'intérêt commun tant qu'il est aussi le leur. Au bon sens et à la défense du peuple ou de l'environnement se substitue facilement un joli bénéfice bien miroitant.

D'ailleurs, ils avouent eux-même leur désintérêt vis-à-vis du bien commun : Il n'y aurait rien à redire si les propriétaires respectaient les lois et les règlements suisses. Bien entendu, on ne se pose pas la question de la pertinence ou non des lois et règlements suisses ni de leur suffisance, on se borne à les appliquer. Peu importe la possible opposition des habitants des lieux ou la perte de terrains agricoles. Ces gens-là ne sont-ils pas capables de réflexion en dehors d'un cadre rigide ? En tout cas, nous avons tort de leur confier la gestion des affaires publiques.

Mais, politiques à part, le problème originel est tout de même causé par la vente de ce terrain à de riches étrangers. Cet exemple n'en est qu'un parmi tant d'autres. Il est facile de critiquer les «étrangers qui volent nos logements et mitent le territoire par leurs résidences secondaires». Il est tout autant facile de céder son terrain contre une somme intéressante. Si les habitants de ce pays n'étaient pas tant attirés par l'argent, jamais nos montagnes ne seraient devenues ce qu'elles sont. Toutes les lois du monde n'y changeront rien, ce sont les mentalités qu'il faut changer !

Cela dit, en remontant à la source du problème, c'est la notion même de propriété privée qui doit être remise en cause. Il n'est aucune raison qu'un individu puisse prétendre à un droit d'exclusivité sur des portions de notre bonne vieille Terre. Un terrain, c'est plus qu'un ensemble de chiffres. Un terrain, c'est une histoire, c'est un paysage, c'est une vie qui s'y déroule. En le monnayant à des gens sans scrupule, le premier coupable est-il le vendeur ou l'acheteur ? Qu'importe. Nous sommes tous victimes, consciemment ou non, de la dictature de la propriété. Privée ou étatique, la propriété est une oppression. Qu'il s'agisse d'un terrain, un logement, une fabrique ou une ressource naturelle, elle empêche ceux qui en ont besoin d'en faire usage et permet à d'autres de s'enrichir et de le détruire sans scrupule.

La liberté ne peut cohabiter avec la propriété. Tant que la société restera dominée par l'obsession de posséder, un monde libre restera une utopie.

Il n'est pas interdit de se plaindre. Il n'est pas défendu de rêver non plus.


Mise à jour 26.05.14

Aux dernières nouvelles, le chantier a été bloqué. Les autorités ont donc tout de même fini par réagir ; ce qui n'enlève rien pour autant au fait qu'ils aient laissé faire pendant plusieurs années alors qu'ils savaient pertinemment qu'il y avait des problèmes de non-respect des droits des travailleurs notamment.

Un avion de combat, ça sert à quoi ?

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Il parait que le «Gripen» rassemble de plus en plus de partisans parmi les habitants de la Suisse (ou du moins parmi ceux qui acceptent de participer aux sondages). Je ne sais pas si c'est aussi votre cas, mais certaines fois je me demande tout de même quelles pensées peuvent bien traverser l'esprit des gens.

J'ai essayé de trouver une raison rationnelle de se montrer favorable à un tel achat et j'en suis arrivé à la conclusion suivante : soit un bon nombre de Suisses sont paranoïaques et de plus s'imaginent qu'une armée d'«amateurs» a une chance de résister à des armées professionnelles munies de bombes nucléaires, soit ils ont trop joué avec des modèles réduits d'avions durant leur enfance.

Libre à vous d'opter pour la version que vous préférez. Heureusement, les gens qui vous entourent ne sont pas nécessairement inclus dans l'une ou l'autre catégorie ; la moitié des «sondés», cela ne représente pas une foule énorme, et surtout les Romands sont tout de même plus raisonnables que leurs voisins alémaniques : deux tiers au moins d'entre eux se disent réfractaires à ce genre d'investissement. Il n'empêche que cela fait tout même (théoriquement) un tiers de gens au raisonnement plutôt étrange qui composent votre entourage.

Les gens sont curieux parfois.

Bunkernation

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Et voilà, bientôt un peu plus de frontières et un peu moins de liberté. Le "peuple suisse" a accepté de limiter l'immigration dans ce pays. Le "peuple suisse", c'est-à-dire la population résidante moins un quart (étrangers) et deux fois divisée par deux (respectivement 55% de taux de participation et 50% d'acceptation parmi les votants), ce qui donne à peine plus de 3/16 de la population qui impose sa décision de verrouiller le pays. C'est ce que l'on appelle la démocratie…

La Suisse prend donc la voie du repli identitaire. Nous sommes nés ici, nos ancêtres aussi, mais vous non, alors ne venez pas chez nous. Nous, nous arrivons à nous débrouiller tout seuls, alors débrouillez-vous chez vous. C'est malheureusement la mentalité qui a tendance à prévaloir. Finalement, on pourrait se demander si la raison d'être de la Suisse n'est pas d'être un ilot de prospérité, une société en apparence idéale, vivant dans la richesse au dépens des autres et en ignorant bien gentiment leurs problèmes.

Le président de la Confédération se refuse de parler de dimanche noir. En 1992, lorsque les votants refusèrent l'adhésion à l'Espace Économique Européen, c'était la panique générale au gouvernement. Admirez l'humanisme de nos dirigeants : ne pas adhérer à une organisation impérialiste, c'est une catastrophe pour le pays, mais alors empêcher les gens de venir chez nous, au fond, ce n'est pas bien grave. Il y aurait beaucoup de traités internationaux dont la suppression serait profitable, tous ces accords qui ne servent qu'à renforcer le pouvoir économique… mais toute la classe dirigeante, en première ligne de laquelle on trouve ceux qui s'en prennent aux immigrants, tremble à l'idée même que ceux-là soient révoqués. Et là où la question est minimisée, c'est de limiter notre liberté. On voit bien les priorités de ce monde : les capitaux passent avant le reste…

D'ailleurs, le texte accepté ne prévoit pas de limiter purement et simplement le nombre d'immigrants, mais de l'adapter aux besoins de l'économie. Je cite, du texte de l'initiative : «Les plafonds et les contingents annuels pour les étrangers exerçant une activité lucrative doivent être fixés en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de la préférence nationale; ils doivent inclure les frontaliers. Les critères déterminants pour l’octroi d’autorisations de séjour sont en particulier la demande d’un employeur, la capacité d’intégration et une source de revenus suffisante et autonome.» De nouveau, qu'est-ce qui compte ? Les intérêts économiques, les initiants eux-mêmes le disent.

Dans ce même texte, le fait d'«inclure les frontaliers» met en évidence son fondement purement nationaliste : ainsi un habitant de Pontarlier en France voisine entre dans la catégorie "étranger" ; un Zurichois, vous me l'accorderez, est tout de même bien plus étranger à un Neuchâtelois qu'un ressortissant du Jura français.

Cependant, il est certain que tous ceux qui ont glissé un oui dans l'urne ne sont pas xénophobes. De plus en plus de gens en ont assez de ce développement illimité qui ne profite à personne. Ils s'inquiètent des régions toujours plus construites, des villes toujours plus tristes et froides, des voies de communication toujours plus encombrées. C'est sur cette thématique que les initiants ont organisé leur propagande. Ce problème est bien réel, mais visiblement certains ne comprennent pas d'où il vient réellement. Ils se laissent donc facilement convaincre par les séduisantes affiches associant immigration et démesure, sans réaliser que se replier dans sa carapace ne va rien changer à la situation, surtout en calquant l'immigration sur les besoins de l'économie alors même que l'économie est au centre du problème. Espérons que ceux-là se rendront compte qu'ils se sont fait berner.

En tous les cas, nous ne pouvons pas nous laisser faire. Ce pays ne doit pas devenir une forteresse, il faut faire comprendre les problèmes et leurs véritables sources. Mais cela ne suffira pas… jamais l'humanité ne sera vraiment libre tant que l'argent dominera le monde.

Toujours plus vite et toujours plus loin

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Il passe rarement une année sans qu'il ne soit question de transports. Des routes de contournement, de nouveaux tunnels, des augmentations tarifaires, des taxes... Dans tous les cas, un discours unanime : le réseau de transports arrive à saturation, il faut donc l'adapter aux besoins grandissants de notre mobilité. Cette évidence mettant tout le monde d'accord, les débats se résument généralement à ceci : d'un côté, les défenseurs de l'automobile individuelle ("ceux de droite"), atteints d'une allergie violente aux restrictions et aux taxes, et cherchant à étendre encore et toujours le réseau routier ; d'une autre part, les partisans des transports publics ("ceux de gauche" et les soit-disant écologistes), cherchant à augmenter la capacité du réseau ferroviaire, les cadences de desserte et le nombre de places dans les trains (et, accessoirement, à utiliser l'argent du peuple pour financer des projets surtout utiles à l'économie). Sans oublier bien sûr des intermédiaires se disant modérés ("ceux du centre"), cherchant à combiner un peu des deux en essayant de satisfaire tout le monde.

Le projet «FAIF» est un exemple parfait de ce pseudo-affrontement des idéologies : tout le monde, médias y compris, veut nous faire comprendre cette votation comme une bataille entre écologie et automobilistes (en gros).

Ce projet, en quoi consiste-t-il au juste ? Plus de budget pour le réseau ferroviaire, oui, mais pas pour n'importe quoi : cet argent est destiné à augmenter la capacité des grandes lignes interurbaines et d'agglomération. C'est-à-dire continuer encore plus dans la direction prise depuis longtemps par nos Chemins de Fer Fédéraux (je dis bien fédéraux, donc de service public) : privilégier le transport de masse des pendulaires, la vitesse et les projets pharaoniques au détriment de tout le transport régional et de la qualité du service aux voyageurs.

On construit toujours plus de tunnels pour aller plus vite, il y a toujours plus de trains par heure entre les villes, les convois à deux étages se généralisent... et pendant ce temps, le service régional n'a jamais été aussi déplorable : s'il vous est déjà arrivé de prendre des trains régionaux, vous voyez certainement de quoi il s'agit... les gares ne sont plus que de simples haltes, froides et inhospitalières (souvent il n'y a plus ni salle d'attente ni toilettes), les beaux anciens bâtiments de gare sont abandonnés, vendus quand ils ne sont pas détruits... Il n'y a plus de personnel pour vous accueillir et vous renseigner, ni pour veiller à l'état des infrastructures de la gare (lorsqu'elles existent encore). Et encore régulièrement, de petites gares ferment et cèdent la place à un service de bus, souvent parce que la ligne est saturée est que la priorité va à plus de liaisons rapides.

En même temps, on espionne les voyageurs à coup de caméras de surveillance, on pose des écrans partout, dans les gares, sur les trains, dans les trains... et on y installe le wi-fi (cela correspond à une demande de la clientèle, selon une certaine conseillère fédérale). Bien entendu, tout ceci est considéré comme étant des améliorations significatives du service aux voyageurs. Mais qui préfère avoir affaire à des appareils plutôt qu'à des hommes ? Le seul rôle encore dévolu à du personnel dans les trains (en dehors du conducteur) est celui de contrôleur...

Et de tout ça, dans le projet de financement, il n'en est point question. Pas un centime pour le service régional hors agglomération, l'entretien des petites gares, ni pour un véritable service à la clientèle. Mais, que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir, contrairement à ce qu'on veut faire croire : les CFF sont censés être à la fois un service public et une entreprise privée devant rapporter des revenus à la Confédération... le beurre et l'argent du beurre, ça n'a jamais marché, et bien entendu c'est toujours le voyageur qui en fait les frais, pas les caisses fédérales. Le modèle suisse, quel beau modèle...

Dans tout ceci, que voit-on ? Une société aveuglée par le toujours plus, plus vite et plus loin, qui refuse toute limite. Qui ne pense qu'à adapter l'offre à la demande, sans même penser à critiquer cette augmentation effrénée. Une société qui a perdu le plaisir de voyager, mais considère le voyage comme une contrainte à écourter et meubler le plus possible.

Ainsi, le projet FAIF est totalement insatisfaisant, car au service de la société de croissance du toujours plus vite et plus loin, et négligeant tous les problèmes fondamentaux du réseau ferroviaire. Un refus de ce projet serait une bonne épine dans le pied des responsables des transports.

Immigration, démesure et victimisation

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« La démesure nuit à la Suisse. ». Vous avez certainement aperçu ce slogan accrocheur sur une des innombrables affiches qui envahissent notre quotidien. Et peut-être vous êtes-vous dit, que... ce n'est pas si faux finalement. C'est vrai, nous sommes confrontés à des problèmes de manque de logements, de saturation des transports publics et de bétonnage du territoire... et puis, toute cette immigration, tous ces gens que l'on ne comprend pas toujours qui viennent grossir toujours plus la population helvétique, ça n'arrange pas les choses, bien vrai, non ?

Mais n'oublions pas de différencier immigration et... immigrants. Il est difficilement niable que l'immigration que nous connaissons cause de nombreux problèmes. Mais croyez-vous que tous ces gens qui se pressent à franchir les frontières de cette bonne vieille Helvétie le font par gaité de coeur ? Vous verriez-vous, vous qui vous plaisez si bien dans ce coin de pays, plier bagage juste pour aller tirer profit d'un pays étranger ? J'en doute. Ce qui n'est pour certains qu'une «masse», ce sont avant tous des personnes, des hommes et des femmes victimes d'une société en crise qui n'a que faire de simples humains. Cela pourrait être vous et moi, mais le hasard a voulu que nous ayons vu le jour sous le ciel d'un pays relativement épargné par le chômage ou par la guerre.

Dès lors, faut-il punir les victimes du système ? Faut-il accepter les gens qui «sont utiles à notre économie» et refuser les autres ? Allons-nous barricader notre petit ilot de prospérité en laissant le reste de l'Europe et de l'humanité se débrouiller ? (Ils n'avaient qu'à mieux travailler, après tout...)

Si nous cherchions plutôt à lutter contre les vrais coupables ? Ils sont multiples, mais ceux qui cherchent précisément à réguler l'immigration n'y sont pas étrangers. En effet, ce sont les mêmes qui prétendent lutter contre la démesure et qui défendent becs et ongles les milieux économiques aspirant à toujours plus de croissance. Ce sont toujours eux qui se présentent comme défenseurs du pauvre peuple mais ne se gênent pas de sourire en signant des accords de libre-échange avec des pays qui, justement, méprisent le peuple. Ce sont encore eux qui sont toujours là pour défendre les spéculateurs qui contribuent à la prospérité suisse sur le dos de peuples étrangers.

Le vrai coupable, c'est le système économique, qui ne cherche qu'à créer de la croissance au mépris de la civilisation. Mais il est plus simple de s'attaquer à des migrants qu'à un système puissant, n'est-ce pas ? Tout comme il est plus facile de se considérer comme victimes innocentes que comme coresponsables.

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