La taupisation nous guette...

Rédigé par Aurélien - - Aucun commentaire

L'avenir du rail en Suisse est sous terre.

C'est du moins ce que prétend Michel Béguelin, ancien conseiller aux États.

Son raisonnement est clair comme de l'eau de source et peut se résumer ainsi :

1) Les infrastructures tant routières que ferroviaires sont saturées, donc il faut les agrandir

2.1) Pour ce faire, il faut effectuer des travaux qui vont gêner les usagers pendant de longues années

2.2) On manque de place pour construire de nouvelles infrastructures

2.3) On ne peu pas « laisser des toiles d'araignée d'infrastructures à nos enfants »

3) La solution est donc de mettre le chemin de fer sous terre

C'est là une réflexion tout à fait logique sur laquelle je n'ai rien à redire, si ce n'est que je ne suis pas d'accord avec le point 1…

Voilà le cas typique de quelqu'un qui ne voit qu'une seule solution pour résoudre un problème parce qu'il ne remet pas en cause les origines de ce problème.

Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais pour ma part j'estime préférable de remettre en question la croissance démesurée des déplacements pendulaires (et surtout les causes de ces déplacements) que de me retrouver à devoir voyager sous terre. Ces gens n'éprouvent-ils donc aucun plaisir à admirer les couleurs d'un paysage qui défile ?

Oui à l'essence à cinq francs

Rédigé par Aurélien - - 15 commentaires

Quoi ? Cinq francs le litre d'essence !

Oui, vous avez bien lu. Non, ce chiffre brandi par les opposants à l'initiative proposant d'introduire une taxe sur les énergies non renouvelables en lieu et place de la TVA n'est certainement pas exagéré. C'est ce qui attend vraisemblablement les automobilistes de ce pays si l'initiative est acceptée.

Et pourtant, j'accorderai mon oui à cette initiative. Mais pourquoi donc ?

Avant tout, regardons plus exactement de quoi il est question :

Aujourd'hui, en Suisse comme partout ailleurs en Europe, est en vigueur le système de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Cela signifie que si quelqu'un, qu'il s'agisse d'une entreprise ou de vous et moi, achète des courges à un marchand ou paye le plombier venu déboucher la baignoire, paye en plus une taxe à la Confédération (souvent sans même y songer car incluse dans la facture) : 8% en général, 2.5% pour certains biens «de base» (alimentation, livres, etc.). Cet argent, tout comme les impôts, sert à financer les diverses tâches de la Confédération (services publics, assurances sociales mais encore autoroutes ou armée) et constitue 35% des revenus fédéraux.

L'initiative propose de supprimer cette taxe.

En contrepartie, dans une perspective écologique, une taxe nouvelle serait introduite, taxe qui toucherait exclusivement les énergies non renouvelables (c'est à dire nucléaire, gaz, charbon, pétrole et dérivés) ainsi que l'énergie grise qui se cache derrière de nombreux produits. Cependant ces taxes devraient rapporter à la Confédération autant d'argent qu'en rapporte la TVA aujourd'hui. Naturellement, pour atteindre cet objectif, les taxes devront être très fortes. Cela implique que les prix de l'essence, du mazout, du gaz et, dans une moindre mesure, de l'électricité seront bien plus élevés qu'aujourd'hui.

Certains prétendent que ce n'est pas aux pauvres citoyens que nous sommes de supporter les couts d'une transition vers d'autres énergies plus propres. Eh bien moi je prétends que si. Si, parce que le réchauffement climatique est bel et bien là et nous concerne tous, qu'on le veuille ou non. Et c'est bien nous, en circulant en voiture, en nous chauffant au gaz et en achetant des produits dont la fabrication et le transport sont polluants, qui contribuons au réchauffement planétaire. De plus, avec la suppression de la TVA, les prix de beaucoup de biens et services baisseront, donc au final nous ne payerons pas plus de taxes.

D'autres diront que cette taxe, en remplissant son objectif de diminution de la consommation d'énergie non renouvelable, va en quelque sorte s'autodétruire, menant la Confédération et tout ce qui en dépend (AVS, AI, CFF, …) à des soucis financiers. Bien entendu qu'une telle taxe ne va pas assurer les recettes fédérales sur le long terme ! Seulement, il n'est pas interdit, une fois la taxe sur l'énergie ayant rempli son rôle, de la remplacer à nouveau par une TVA ou d'augmenter les impôts pour les plus fortunés (ce qui serait plus juste qu'une TVA qui s'applique à tous sans distinction).

Par contre, tant que cette taxe sera en vigueur, elle devra pour générer suffisamment de revenus être augmentée au fur et à mesure que la consommation d'énergie polluante baissera, incitant de plus en plus les gens à se tourner vers d'autres sources d'énergie, et, mieux encore, à réduire leur consommation.

De plus, l'essence devenant plus onéreuse, beaucoup de personnes n'habitant pas en zone urbaine risquent de se tourner plus fréquemment vers le train, ce qui générera d'autant plus de rentrées financières aux compagnies ferroviaires et leur permettra d'améliorer leur offre (meilleure desserte en zone rurale, nouvelles lignes, etc.).

De même, la demande pour de nouveaux véhicules non polluants s'en trouvera grandie et les sociétés développant de tels véhicules ne seront plus soumis à la concurrence «déloyale» des automobiles roulant aux hydrocarbures.

Pour couronner le tout, ne plus dépendre des sources d'énergie fossile assurerait un approvisionnement énergétique sans avoir à se plier aux conditions des mafieux qui détiennent les réserves de pétrole, de gaz et d'uranium.

Définitivement, cette idée serait profitable à l'environnement mais aussi au plus grand nombre. Si cela fonctionne en Suisse, alors certainement que l'Europe et même d'autres s'en inspireront.

Ce n'est pas souvent que nous sommes amenés à voter sur des initiatives réellement utiles à la société. Pour une fois que l'occasion s'en présente, il ne faut pas hésiter. Même s'il y a peu de chances que ce pays conservateur accepte une telle mesure, votons clairement OUI !

Cela dit, vous trouverez dans la même enveloppe de votation une autre initiative nettement moins utile. Son objectif ? Réduire les impôts prioritairement pour les familles aisées, secondairement pour les familles moins aisées et pas du tout pour tous ceux n'ayant pas d'enfants. Cela n'est pas présenté ainsi mais c'est bien là de quoi il retourne. Même si une réduction d'impôts sonne bien au premier abord, ce seront autant de coupes dans les services publics, et surtout… un peu de justice, que diable ! Il n'y a pas lieu de favoriser les ménages ayant des enfants face aux autres, et encore moins d'offrir des cadeaux aux riches.

À la poursuite du silence

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Brigue, le 17 aout 2025

Chers amis,

Je suis très honoré de pouvoir vous annoncer l'achèvement officiel des travaux de construction de l'autoroute de Sierre à Brigue. Le chantier fut long et entravé d'embuches. J'en suis conscient, votre tâche a été ardue. Cependant tout le travail a été brillamment accompli, vous avez là de quoi grandir votre fierté !

À compter du mois prochain, le dernier maillon du réseau des routes nationales sera enfin ouvert à la circulation. Les interminables files de poids-lourds traversant les villes et villages de la plaine du Rhône ne seront bientôt plus qu'un lointain souvenir. Et ce grâce à vous, ingénieurs et constructeurs !

Chers amis, aujourd'hui est un grand jour pour le Valais tout entier. Je suis heureux d'y être présent ici avec vous. Au nom de tous les habitants de notre beau canton, merci à vous tous !

Et maintenant fêtons dignement ce succès, notre succès, votre succès !

Allocution du Conseiller d'État en charge du Département des Transports, de l'Équipement et de l'Environnement du Canton du Valais dans le cadre de la cérémonie de fin des travaux de l'autoroute A9


Viège, le 14 septembre 2025

Chers collaborateurs, actionnaires et associés,

Aujourd'hui se tourne une page dans l'histoire de notre société. Dès samedi une nouvelle porte s'ouvrira sur l'extérieur ; si longtemps limités par notre situation géographique défavorable, nous voici enfin reliés au réseau des grands axes européens. De nouvelles perspectives de développement se dessinent : des transports plus rapides permettront une expansion sur un plus vaste territoire d'activités et nous ouvrira de nouveaux marchés.

Ne nous relâchons pas pour autant, car de nouveaux défis nous attendent : il faudra résister à une concurrence qui, elle aussi, se trouvera rapprochée. Rassurez-vous, je n'ai aucune crainte à ce sujet : depuis plus d'un siècle notre entreprise a été confrontée à de nombreux bouleversements et en est toujours sortie grandie. Du petit atelier familial au grand groupe industriel d'aujourd'hui, la B. S. K. et Cie n'a cessé de croitre. Restons sur la voie du succès !

Oui, je sais que je peux avoir confiance en vous pour assurer à notre vénérable société un avenir radieux. Ainsi nous pourrons à nouveau créer des emplois qui profiteront à toute la région.

Pour la B. S. K. et pour le Haut-Valais, buvons à notre réussite !

Discours de Peter K., président du conseil d'administration de la B. S. K. et Cie, lors de l'assemblée générale extraordinaire de la société


Bratsch, le 18 septembre 2025

Chère Hannah,

Du haut de mon perchoir, j'admire cette paisible vallée du Rhône qui nous a vu grandir. Il y a bien longtemps déjà que je n'y vis plus, mais je m'y sens toujours chez moi. J'y suis revenu aujourd'hui pour profiter une dernière fois de ce calme si magique qui règne ici. Une dernière fois malheureusement, car demain la mobilité moderne fera son entrée fracassante en cette contrée. Assis sur mon banc ensoleillé, je perçois au fond de la vallée un étrange ruban noirâtre qui longe la voie ferrée. Aujourd'hui encore immaculé, il sera dès demain recouvert d'automobiles vrombissantes en tous genres. Te rappelles-tu les nombreuses fois où nous attendions le train en jouant aux billes sur le quai ? Eh bien imagine-toi que juste à côté défileront bientôt des camions lancés à 120 km/h. Si on avait raconté cela au chef de gare, jamais il n'aurait voulu le croire. Déjà qu'il n'en revenait pas lorsque les premiers avions de l'armée étaient arrivés… il serait heureux tiens, l'aérodrome est fermé désormais. Pourtant, aujourd'hui personne ne semble s'étonner de cette énorme route. Drôle d'époque, hein ? Je finirais par croire que c'est moi qui deviens fou. Je n'ai pourtant même pas encore soufflé mes nonante-trois bougies… À part ça te souviens-tu de ton neveu Michael ? Figure-toi que je l'ai croisé, en bas à Niedergampel. Il tient toujours la ferme de tes parents ! J'ai voulu l'inviter à venir à Berne un de ces jours mais il était très occupé ; tu sais le travail qu'ont les paysans de nos jours. J'espère qu'il pourra venir cet hiver.

En espérant te revoir bientôt, je t'embrasse, chère cousine.

Werner


Toujours plus loin, toujours plus vite, les hommes repoussent les limites du silence.

Le progrès éternel étend sa domination sur les territoires.

La nature n'a pas son mot à dire… ni la plupart des gens.

Mais tout ceci… pourquoi ? Qu'y gagnons-nous vraiment ?

Toujours plus vite et toujours plus loin

Rédigé par Aurélien - - Aucun commentaire

Il passe rarement une année sans qu'il ne soit question de transports. Des routes de contournement, de nouveaux tunnels, des augmentations tarifaires, des taxes... Dans tous les cas, un discours unanime : le réseau de transports arrive à saturation, il faut donc l'adapter aux besoins grandissants de notre mobilité. Cette évidence mettant tout le monde d'accord, les débats se résument généralement à ceci : d'un côté, les défenseurs de l'automobile individuelle ("ceux de droite"), atteints d'une allergie violente aux restrictions et aux taxes, et cherchant à étendre encore et toujours le réseau routier ; d'une autre part, les partisans des transports publics ("ceux de gauche" et les soit-disant écologistes), cherchant à augmenter la capacité du réseau ferroviaire, les cadences de desserte et le nombre de places dans les trains (et, accessoirement, à utiliser l'argent du peuple pour financer des projets surtout utiles à l'économie). Sans oublier bien sûr des intermédiaires se disant modérés ("ceux du centre"), cherchant à combiner un peu des deux en essayant de satisfaire tout le monde.

Le projet «FAIF» est un exemple parfait de ce pseudo-affrontement des idéologies : tout le monde, médias y compris, veut nous faire comprendre cette votation comme une bataille entre écologie et automobilistes (en gros).

Ce projet, en quoi consiste-t-il au juste ? Plus de budget pour le réseau ferroviaire, oui, mais pas pour n'importe quoi : cet argent est destiné à augmenter la capacité des grandes lignes interurbaines et d'agglomération. C'est-à-dire continuer encore plus dans la direction prise depuis longtemps par nos Chemins de Fer Fédéraux (je dis bien fédéraux, donc de service public) : privilégier le transport de masse des pendulaires, la vitesse et les projets pharaoniques au détriment de tout le transport régional et de la qualité du service aux voyageurs.

On construit toujours plus de tunnels pour aller plus vite, il y a toujours plus de trains par heure entre les villes, les convois à deux étages se généralisent... et pendant ce temps, le service régional n'a jamais été aussi déplorable : s'il vous est déjà arrivé de prendre des trains régionaux, vous voyez certainement de quoi il s'agit... les gares ne sont plus que de simples haltes, froides et inhospitalières (souvent il n'y a plus ni salle d'attente ni toilettes), les beaux anciens bâtiments de gare sont abandonnés, vendus quand ils ne sont pas détruits... Il n'y a plus de personnel pour vous accueillir et vous renseigner, ni pour veiller à l'état des infrastructures de la gare (lorsqu'elles existent encore). Et encore régulièrement, de petites gares ferment et cèdent la place à un service de bus, souvent parce que la ligne est saturée est que la priorité va à plus de liaisons rapides.

En même temps, on espionne les voyageurs à coup de caméras de surveillance, on pose des écrans partout, dans les gares, sur les trains, dans les trains... et on y installe le wi-fi (cela correspond à une demande de la clientèle, selon une certaine conseillère fédérale). Bien entendu, tout ceci est considéré comme étant des améliorations significatives du service aux voyageurs. Mais qui préfère avoir affaire à des appareils plutôt qu'à des hommes ? Le seul rôle encore dévolu à du personnel dans les trains (en dehors du conducteur) est celui de contrôleur...

Et de tout ça, dans le projet de financement, il n'en est point question. Pas un centime pour le service régional hors agglomération, l'entretien des petites gares, ni pour un véritable service à la clientèle. Mais, que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir, contrairement à ce qu'on veut faire croire : les CFF sont censés être à la fois un service public et une entreprise privée devant rapporter des revenus à la Confédération... le beurre et l'argent du beurre, ça n'a jamais marché, et bien entendu c'est toujours le voyageur qui en fait les frais, pas les caisses fédérales. Le modèle suisse, quel beau modèle...

Dans tout ceci, que voit-on ? Une société aveuglée par le toujours plus, plus vite et plus loin, qui refuse toute limite. Qui ne pense qu'à adapter l'offre à la demande, sans même penser à critiquer cette augmentation effrénée. Une société qui a perdu le plaisir de voyager, mais considère le voyage comme une contrainte à écourter et meubler le plus possible.

Ainsi, le projet FAIF est totalement insatisfaisant, car au service de la société de croissance du toujours plus vite et plus loin, et négligeant tous les problèmes fondamentaux du réseau ferroviaire. Un refus de ce projet serait une bonne épine dans le pied des responsables des transports.

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