Le retour du rideau de fer

Rédigé par Aurélien - - 6 commentaires

Face à l'afflux de réfugiés fuyant la guerre et la dictature au Proche-Orient, l'Europe se barricade. Et lorsque je parle de barricades, n'y cherchez pas une quelconque métaphore: il s'agit bien de solides barrières qui commencent à s'élever aux frontières extérieures de l'UE.

Vingt six ans plus tôt, en mai 1989, la Hongrie était le premier pays à démanteler le rideau de fer qui séparait alors Est et Ouest. Ironie de l'histoire, aujourd'hui la même Hongrie est la première à reconstruire des barrières en plein milieu de l'Europe. C'est une clôture haute de quatre mètres qui est en cours de construction sur les 175 km de frontière avec la Serbie…

L'Union a presque aboli ses frontières intérieures, mais cette évolution s'est accompagnée et s'accompagne de plus en plus du renforcement des frontières extérieures. La Grèce et la Bulgarie ont déjà construit des «murs» similaires à leur frontières avec la Turquie, l'Espagne a fait de même autour de ses exclaves sur la côte marocaine.

Aux frontières de l'UE où la pression migratoire n'est pas trop forte, par exemple les frontières orientales avec la Russie, il n'est pour l'instant pas question de clôtures mais les contrôles se sont largement renforcés depuis l'entrée des pays concernés dans l'Espace Schengen. En résulte naturellement une situation assez gênante pour les populations vivant dans les zones frontalières.

Pour revenir à la situation en Hongrie, voici comment le président Viktor Orbán justifie ce blocus:

« Il existe un lien clair entre les immigrants illégaux qui viennent en Europe et l’augmentation du terrorisme. C’est évident pour les pays anglo-saxons, mais les autres le nient. Et nous ne pouvons bien-sûr pas exfiltrer les terroristes de cette gigantesque foule. »

La montée du terrorisme en Europe ne doit pas plus aux immigrés illégaux qu'aux immigrés légaux et encore moins qu'à l'endoctrinement de la population résidente par des fanatiques (essentiellement islamistes), via internet notamment. Les fanatiques en question, s'ils souhaitent venir en Europe, choisiront à coup sûr une voie bien plus rapide et confortable, car ces gaillards-là ne sont pas de pauvres gens sans le sou…

Alors, oui, il faut lutter contre le terrorisme, mais cette lutte doit se faire non pas en devenant paranoïaque comme semblent le devenir de plus en plus de gens dans le monde occidental, mais en combattant le mal à sa source. Comme il nous sera difficile de démanteler les réseaux terroristes internationaux, il faut éviter à tout prix que des gens rejoignent ces milieux, ce qui passe par de la prévention mais surtout par plus de solidarité envers les classes défavorisées. La misère est la voie royale vers la violence, surtout dans une société inégalitaire. Il est plus que jamais nécessaire de ne laisser personne au bord du chemin.

Pas de sécurité sans solidarité, cela me semble évident, mais visiblement ce n'est pas l'avis de tout le monde sur ce continent. Peut-être ceux-là sont-ils nostalgiques du grand rideau de fer…

Bunkernation

Rédigé par Aurélien - - 3 commentaires

Et voilà, bientôt un peu plus de frontières et un peu moins de liberté. Le "peuple suisse" a accepté de limiter l'immigration dans ce pays. Le "peuple suisse", c'est-à-dire la population résidante moins un quart (étrangers) et deux fois divisée par deux (respectivement 55% de taux de participation et 50% d'acceptation parmi les votants), ce qui donne à peine plus de 3/16 de la population qui impose sa décision de verrouiller le pays. C'est ce que l'on appelle la démocratie…

La Suisse prend donc la voie du repli identitaire. Nous sommes nés ici, nos ancêtres aussi, mais vous non, alors ne venez pas chez nous. Nous, nous arrivons à nous débrouiller tout seuls, alors débrouillez-vous chez vous. C'est malheureusement la mentalité qui a tendance à prévaloir. Finalement, on pourrait se demander si la raison d'être de la Suisse n'est pas d'être un ilot de prospérité, une société en apparence idéale, vivant dans la richesse au dépens des autres et en ignorant bien gentiment leurs problèmes.

Le président de la Confédération se refuse de parler de dimanche noir. En 1992, lorsque les votants refusèrent l'adhésion à l'Espace Économique Européen, c'était la panique générale au gouvernement. Admirez l'humanisme de nos dirigeants : ne pas adhérer à une organisation impérialiste, c'est une catastrophe pour le pays, mais alors empêcher les gens de venir chez nous, au fond, ce n'est pas bien grave. Il y aurait beaucoup de traités internationaux dont la suppression serait profitable, tous ces accords qui ne servent qu'à renforcer le pouvoir économique… mais toute la classe dirigeante, en première ligne de laquelle on trouve ceux qui s'en prennent aux immigrants, tremble à l'idée même que ceux-là soient révoqués. Et là où la question est minimisée, c'est de limiter notre liberté. On voit bien les priorités de ce monde : les capitaux passent avant le reste…

D'ailleurs, le texte accepté ne prévoit pas de limiter purement et simplement le nombre d'immigrants, mais de l'adapter aux besoins de l'économie. Je cite, du texte de l'initiative : «Les plafonds et les contingents annuels pour les étrangers exerçant une activité lucrative doivent être fixés en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de la préférence nationale; ils doivent inclure les frontaliers. Les critères déterminants pour l’octroi d’autorisations de séjour sont en particulier la demande d’un employeur, la capacité d’intégration et une source de revenus suffisante et autonome.» De nouveau, qu'est-ce qui compte ? Les intérêts économiques, les initiants eux-mêmes le disent.

Dans ce même texte, le fait d'«inclure les frontaliers» met en évidence son fondement purement nationaliste : ainsi un habitant de Pontarlier en France voisine entre dans la catégorie "étranger" ; un Zurichois, vous me l'accorderez, est tout de même bien plus étranger à un Neuchâtelois qu'un ressortissant du Jura français.

Cependant, il est certain que tous ceux qui ont glissé un oui dans l'urne ne sont pas xénophobes. De plus en plus de gens en ont assez de ce développement illimité qui ne profite à personne. Ils s'inquiètent des régions toujours plus construites, des villes toujours plus tristes et froides, des voies de communication toujours plus encombrées. C'est sur cette thématique que les initiants ont organisé leur propagande. Ce problème est bien réel, mais visiblement certains ne comprennent pas d'où il vient réellement. Ils se laissent donc facilement convaincre par les séduisantes affiches associant immigration et démesure, sans réaliser que se replier dans sa carapace ne va rien changer à la situation, surtout en calquant l'immigration sur les besoins de l'économie alors même que l'économie est au centre du problème. Espérons que ceux-là se rendront compte qu'ils se sont fait berner.

En tous les cas, nous ne pouvons pas nous laisser faire. Ce pays ne doit pas devenir une forteresse, il faut faire comprendre les problèmes et leurs véritables sources. Mais cela ne suffira pas… jamais l'humanité ne sera vraiment libre tant que l'argent dominera le monde.

Immigration, démesure et victimisation

Rédigé par Aurélien - - Aucun commentaire

« La démesure nuit à la Suisse. ». Vous avez certainement aperçu ce slogan accrocheur sur une des innombrables affiches qui envahissent notre quotidien. Et peut-être vous êtes-vous dit, que... ce n'est pas si faux finalement. C'est vrai, nous sommes confrontés à des problèmes de manque de logements, de saturation des transports publics et de bétonnage du territoire... et puis, toute cette immigration, tous ces gens que l'on ne comprend pas toujours qui viennent grossir toujours plus la population helvétique, ça n'arrange pas les choses, bien vrai, non ?

Mais n'oublions pas de différencier immigration et... immigrants. Il est difficilement niable que l'immigration que nous connaissons cause de nombreux problèmes. Mais croyez-vous que tous ces gens qui se pressent à franchir les frontières de cette bonne vieille Helvétie le font par gaité de coeur ? Vous verriez-vous, vous qui vous plaisez si bien dans ce coin de pays, plier bagage juste pour aller tirer profit d'un pays étranger ? J'en doute. Ce qui n'est pour certains qu'une «masse», ce sont avant tous des personnes, des hommes et des femmes victimes d'une société en crise qui n'a que faire de simples humains. Cela pourrait être vous et moi, mais le hasard a voulu que nous ayons vu le jour sous le ciel d'un pays relativement épargné par le chômage ou par la guerre.

Dès lors, faut-il punir les victimes du système ? Faut-il accepter les gens qui «sont utiles à notre économie» et refuser les autres ? Allons-nous barricader notre petit ilot de prospérité en laissant le reste de l'Europe et de l'humanité se débrouiller ? (Ils n'avaient qu'à mieux travailler, après tout...)

Si nous cherchions plutôt à lutter contre les vrais coupables ? Ils sont multiples, mais ceux qui cherchent précisément à réguler l'immigration n'y sont pas étrangers. En effet, ce sont les mêmes qui prétendent lutter contre la démesure et qui défendent becs et ongles les milieux économiques aspirant à toujours plus de croissance. Ce sont toujours eux qui se présentent comme défenseurs du pauvre peuple mais ne se gênent pas de sourire en signant des accords de libre-échange avec des pays qui, justement, méprisent le peuple. Ce sont encore eux qui sont toujours là pour défendre les spéculateurs qui contribuent à la prospérité suisse sur le dos de peuples étrangers.

Le vrai coupable, c'est le système économique, qui ne cherche qu'à créer de la croissance au mépris de la civilisation. Mais il est plus simple de s'attaquer à des migrants qu'à un système puissant, n'est-ce pas ? Tout comme il est plus facile de se considérer comme victimes innocentes que comme coresponsables.

Fil RSS des articles de ce mot clé