Social-libéralisme ou la trahison de la gauche

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Il fut un temps où les partis sociaux-démocrates et écologistes avaient l'ambition de changer la société. Sans avoir les ambitions révolutionnaires que les communistes ou les anarchistes pouvaient nourrir, ces partis dits de gauche croyaient en un système où la société ne serait pas guidée par les marchés financiers et osaient passer à l'offensive pour réclamer des avancées sociales. Lointaine époque désormais. L'effondrement des systèmes marxistes-léninistes a persuadé l'Europe qu'il ne pouvait y avoir d'alternative au capitalisme. Les grands partis de gauche n'ont pas échappé à ce tsunami néolibéral. Pas plus tard qu'hier, je lisais dans un journal une déclaration de la présidente des Verts suisses, Mme Adèle Thorens, déclaration illustrant à merveille la politique des Verts d'aujourd'hui :

« Nous devons encore lutter contre le préjugé prégnant d'une large frange de la population pour qui l'écologie est synonyme de danger pour l'économie. »

La messe est dite. Oubliez ces écologistes baba-cools des années 1970 qui critiquaient le système économique. Les Verts d'aujourd'hui cherchent à froisser le moins possible les milieux économiques. Le capitalisme vert, les « green techs » voilà la solution selon eux. La décroissance ? Mais non, voyons, ce serait contre-productif, l'idéal est le développement durable…

Qu'on ne me présente plus les Verts comme porteurs d'une autre vision de la société !

Une autre belle illustration de cette trahison de la gauche traditionnelle se trouve sur le site internet du parti social-démocrate d'Allemagne (SPD). J'y lis en grand sur la page d'accueil »Mehr Zeit für Familien - Entspannt durch das alltägliche Chaos«, ce que l'on peut traduire par « Plus de temps pour les familles - Détendu parmi le chaos quotidien ». Je trouve ces quelques mots magnifiques tellement ils sont révélateurs. Quoi de plus explicite ? Détendu parmi le chaos quotidien… le parti ne cherche même pas à mettre de l'ordre dans ce chaos, mais simplement à le masquer.

Quelle résignation ! Masquer les problèmes au lieu de chercher à les résoudre, j'appelle cela du socialisme de façade.

J'espère qu'après cela vous ne considèrerez plus les partis sociaux-démocrates et apparentés comme porteurs d'une alternative sociale et économique. Pourtant nombre de personnes votent encore pour ceux-ci en croyant que la politique va changer. Une fois déçus, ils votent pour l'extrême droite…

Remplir les coffres, encore et toujours

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Attirer chez soi les plus riches ? À en entendre certains, il s'agit là d'une attitude tout à fait honnête et profitable au plus grand nombre. L'argent que dépensent les multimillionnaires en exil fiscal bénéficie à tous les habitants de la région, ce qui justifie des privilèges fiscaux en leur faveur. C'est du moins ce que prétend une bonne partie de la classe politique suisse.

Un forfait fiscal, c'est quoi exactement ? C'est le régime d'imposition s'appliquant, dans la plupart des cantons suisses, aux personnes de nationalité étrangère résidant en Suisse mais n'y exerçant pas d'activité lucrative. Leurs impôts ne sont alors pas calculés en fonction de leurs revenus ni de leur fortune mais de leurs dépenses. Bien entendu, ces personnes payent ainsi bien moins d'impôts que si elles étaient soumises au système d'imposition ordinaire. L'intérêt pour la Suisse, attirer des riches dans le pays ; l'avantage pour les intéressés, payer moins que dans leur pays d'origine.

Ça, c'était pour la théorie. Voyons maintenant les conséquences.

Tout l'argent ainsi économisé par les exilés fiscaux manquera ailleurs, dans divers pays où il serait certainement plus utile que dans leur compte en banque. Je ne mets pas en doute que la présence de ces «jet-setters» en Suisse soit profitable à certains, et il est fort probable qu'une partie d'entre eux quittera le pays si leurs privilèges venaient à tomber. Mais, indépendamment de ce que ces forfaits fiscaux peuvent apporter de positif, est-ce acceptable de profiter ainsi de l'étranger ?

Ces impôts qui ne sont pas perçus à l'étranger, si l'État veut gagner de l'argent, ce sont des gens comme vous et moi qui doivent les payer à leur place. Sinon, ce sont autant de coupes budgétaires, de licenciements et de réduction de prestations dans les services publics. Mais oui, les gouvernements étrangers ne sont pas bien différents de ceux d'ici, ils veulent gagner de l'argent et ils le prennent là où il se trouve. S'ils ont moins de rentrées fiscales, ce sont les gens d'en-bas qui trinquent, voilà tout.

S'enrichir sur le dos de l'étranger en permettant aux grandes fortunes d'échapper à la redistribution sociale, je ne trouve pas ça très correct. C'est le genre de choses à vous donner honte d'habiter dans ce pays. Mais si vous trouvez cela normal, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? À moins que vous ne soyez un de ces fervents défenseurs du sacro-saint fédéralisme ?

Allons donc, cette Suisse, toujours le parfait modèle. Un brave petit pays qui promeut la démocratie et la paix dans le monde. Toujours en bonne forme, étonnamment… on dirait que les problèmes internationaux ne sont jamais que de légers nuages dans le ciel bleu helvétique. C'est facile quand on vole l'argent des autres. C'est facile de prétendre n'avoir de comptes à rendre à personne tout en permettant aux plus riches du monde entier d'échapper à une redistribution plus juste des richesses… et après on est fier de vanter les mérites de ce fameux modèle de réussite suisse. Si c'est cela la Suisse, eh bien il n'y a pas grande fierté à être suisse.

Cela dit, attirer des riches chez soi n'amène pas que des avantages, loin de là. Ces gens occupent de grands terrains, font monter les prix de l'immobilier, monopolisent les beaux quartiers de nos villes et villages. Accessoirement, cela crée aussi beaucoup d'antipathie de la part de l'étranger. Mais c'est là une autre question.

Ces bons vieux Suisses sont trop fermés sur eux-mêmes, contrairement aux coffres de leurs banques, et la démocratie ne peut que refléter cet état d'esprit. Ce n'est pas une raison pour renoncer… à nous de tenter de les rendre raisonnables.

Alors demain flottera le drapeau noir

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La révolution… un terme certes très évocateur, mais qui dans l'esprit de la plupart des gens se réfère soit à des évènements historiques, soit à des conflits violents ayant lieu dans de lointaines régions du globe, en tous les cas quelque part bien loin de nous dans le cadre spatio-temporel. Qui aujourd'hui oserait encore imaginer une révolution en Europe occidentale ?

Et pourtant… comment peut-on espérer un avenir de liberté en écartant d'emblée l'idée de révolution ? Cela me semble bien difficile vu la solidité du système actuel. Croire qu'il s'effondrera de lui-même me semble utopiste ; arriver à une société libre et égalitaire en réformant le système de l'intérieur me semble mission impossible.

En effet, tout est lié. Si l'on s'attaque à une composante isolée du système, les autres s'uniront pour la défendre. Chaque institution du pouvoir a tout intérêt à ce que les autres ne faiblissent pas, car elles se protègent mutuellement. Les tout-puissants milieux économiques, les bras tentaculaires de l'État, les institutions religieuses dogmatiques. Tous s'entraident pour mieux étendre leur contrôle. L'État est intéressé par toutes les rentrées financières apportées par les milieux économiques. Ceux-ci ont tout intérêt à ce que l'État maintienne son autorité, car sans lui pas de justice que l'on peut corrompre pour obtenir ce que l'on veut ni de police pour les protéger en cas de besoin. Les institutions religieuses elles aussi ont intérêt à chercher l'appui de l'État : en bénéficiant d'une reconnaissance officielle, elles sont ainsi assurées de rentrées financières suffisantes qui leur assurent un certain pouvoir peu importe la fréquentation de leurs cultes. De même, l'État gagne à bénéficier du soutien des Églises et autres communautés religieuses, car de cette manière celles-ci se retiendront de critiquer la politique, même lorsqu'elle va à l'encontre de certains enseignements de la religion. Depuis des siècles, beaucoup de religions n'ont-elles pas prôné le respect de la loi et de l'autorité ? De plus, de nombreuses religions, en promettant un monde meilleur pour l'au-delà, sont en quelque sorte anti-révolutionnaires par nature : cela ne vaut pas la peine de lutter pour changer le monde présent si on a l'assurance d'une vie meilleure après la mort.

Dès lors, il est facile de comprendre que les différents pouvoirs, tout particulièrement l'État et les milieux économiques, resteront très solidaires face aux diverses tentatives de les affaiblir ou de les démocratiser. Cela implique que la transformation du système par la voie démocratique est très difficile voire impossible. De plus, la prétendue démocratie actuelle fonctionne en grande partie en jouant sur la peur et sur de fausses promesses. Comment voulez-vous transformer radicalement une société par le biais de politiciens corrompus et de votants facilement influençables ?

Il est nécessaire d'envisager d'autres moyens d'action… ce qui à mon avis passe nécessairement par une destruction des institutions en place, autrement dit, par la révolution. Attention cependant, révolution ne signifie pas guerre civile ni destruction de la société. Ce sont les institutions, clés de voute du pouvoir, qui doivent être démantelées.

Le pouvoir le plus fort et le plus contraignant est celui de l'État. C'est lui qui contrôle la police, le système monétaire et la justice. S'il venait à disparaitre, il sera bien difficile aux autres institutions d'imposer quoi que soit. En effet, si quelqu'un aujourd'hui refuse d'obéir aux lois, il se fait remettre à l'ordre par la police et la justice. Il en va de même s'il refuse la propriété privée. Imaginons maintenant que l'État n'existe plus. Du moment que ni la police ni la justice n'existent plus, plus rien ni personne ne peut contraindre qui que ce soit. Dès ce moment, la propriété privée n'a plus aucun sens ni intérêt : chacun peut ainsi disposer librement de ce dont il a l'usage et qui ne sert pas à quelqu'un d'autre. De même, l'argent n'a plus aucune raison d'être : sans propriété, rien ne sert de baser ses échanges sur une valeur marchande ; seul le principe de l'usage et du non-usage s'applique dans ce cas.

Si l'on venait à détruire le système économique en maintenant l'État (voire en le détruisant par le biais de l'État), la société ne serait certes plus dirigée par les intérêts financiers, mais le pouvoir étatique ne s'en retrouverait que renforcé, restreignant toujours autant la liberté individuelle. De même, le système monétaire étant maintenu, les échanges se baseraient toujours sur des valeurs marchandes. Cette voie est celle du marxisme, qui est nécessairement vouée à l'échec. L'espoir d'un auto-dépérissement de l'État lorsque le capitalisme sera vaincu est illusoire. Du moment que le peuple accepte de déléguer son pouvoir à des politiciens, il s'en trouvera toujours pour prendre gout à ce pouvoir et imposer leur volonté au peuple. Il est peu probable que la majorité de la classe politique accepte de renoncer à son propre pouvoir. Le pouvoir peut corrompre même les plus bonnes et généreuses personnes.

Comme le résumait Bakounine, « Ils [les marxistes] maintiennent que seule la dictature —la leur, évidemment— peut parvenir à libérer le peuple. Notre [les anarchistes] réponse à cette affirmation est qu'aucune dictature ne peut avoir d'autres buts que sa propre perpétuation, et qu'elle ne peut engendrer que l'esclavage du peuple la tolérant. La liberté ne peut être créée qu'à partir de la liberté, c'est-à-dire par une rébellion universelle de la part du peuple et la libre organisation des masses laborieuses de bas en haut. »

Au contraire, si l'on parvient à détruire l'État, tout le reste du système s'effondrera à sa suite. Même les institutions religieuses, pouvant parfois paraitre comme ennemies de l'État, s'affaibliront et seront contraintes soit de disparaitre soit de se transformer en des organisations libres où tout pouvoir et toute contrainte auront disparu. En effet, les gens jouissant de leur pleine liberté n'auront plus aucun intérêt à se réfugier dans des univers sombres et clos dans l'espoir d'un monde meilleur.

Maintenant il convient de distinguer au sein de l'État les institutions de pouvoir et celles qui n'y appartiennent pas. L'État social ne détient pas de pouvoir en soi, rien ne sert donc de s'y opposer. Le développement des assurances sociales, de la promotion de la culture, des services publics et de la protection de l'environnement est à encourager car il permet de limiter les dégâts du système. Au contraire, l'ennemi du peuple est l'État politicien et policier, celui qui lui impose sa vision du monde et le maintient dans son rôle passif. C'est ce celui-là qu'il faut combattre.

Le combat est à la fois individuel et collectif : individuellement, il ne faut pas se résigner à accepter ce rôle passif dans lequel nous sommes confinés ; collectivement, il faut s'organiser pour contourner le plus possible le système et affaiblir le pouvoir. Surtout, il faut convaincre les gens, leur montrer leur aliénation dont certains ne se rendent même plus compte…

La révolution n'est définitivement pas un concept négatif et dépassé. C'est un passage obligé sur le chemin qui mène à un avenir fait de liberté et de bonheur… Mais cette révolution-là doit être différente. Il ne s'agit plus de prendre le pouvoir mais de le détruire.

L'espoir n'est pas mort… la force de notre volonté fera s'écrouler le système. Ensemble nous pourrons détruire ce pouvoir qui nous opprime. Alors demain flottera le drapeau noir au vent de la liberté…

Les trois barreaux de la prison

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Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits.

S'il ne fait aucun doute que ce principe est totalement inconnu dans certaines régions du globe, il est souvent admis qu'il est respecté dans nos contrées dites démocratiques. Vraiment ? On peut bien admettre que tous naissent égaux en droits, bien que l'origine familiale soit souvent source d'inégalités, mais je ne crois pas que personne ne naisse libre.

Indépendamment de notre volonté, chacun de nous est automatiquement intégré dans les trois grands systèmes qui régissent le monde : la hiérarchie du pouvoir, le système monétaire et la propriété. Il est quasiment impossible à quiconque d'arriver à vivre à l'écart de ces systèmes. Or tous trois s'opposent à la liberté.

Le pouvoir entre les mains des autorités n'est rien d'autre qu'une aliénation du peuple : sous un couvert de démocratie, le peuple est en réalité forcé d'obéir à une élite dont la plupart ne veut pas. C'est ce pouvoir qui empêche les habitants d'être maitres de leurs propres villes et villages, imposant son urbanisme et vendant les rues et les bâtiments au plus offrant. C'est ce même pouvoir, garant de l'ordre, qui maintient la subordination des travailleurs aux grands patrons. Plus globalement, le pouvoir étatique est en quelque sorte la carapace qui protège tout le système actuel. Si quelqu'un refuse ses principes et tente de s'y soustraire, il sera automatiquement condamné et réprimé par les autorités. Les deux autres piliers du système sont fortement dépendants de celui-ci.

Le tout-puissant système monétaire, attribuant une valeur numérique à tout ou presque, est un l'un des plus grands maux de notre société. Il permet de résumer n'importe quel objet, travail, ressource naturelle, terrain ou bâtiment à une série de chiffre, et ainsi de hiérarchiser les biens et le travail selon une échelle de valeur subjective mais imposée à tous. Il permet ainsi d'occulter la valeur réelle des choses et d'attribuer une valeur immense à des fichiers abstraits totalement déconnectés du monde réel. Mais le pouvoir de l'argent ne s'arrête pas là. Il impose aux gens d'exercer des activités qui créent suffisamment de valeur marchande. Il pousse la société non pas à progresser et à améliorer son niveau de vie, il n'encourage pas la créativité artistique ni la science pure. Non, tout ce qui a de la valeur dans ce système est ce qui permet de produire plus ou d'amasser plus, même lorsque cela n'a aucun intérêt en soi.

La propriété est souvent perçue comme un droit naturel. Mais pourquoi donc ? La propriété, peut importe qu'elle soit privée ou publique, s'oppose au bien commun. Ce dernier voudrait que chaque bâtiment, terrain ou objet soit à la disposition de celui qui en a besoin. Or la propriété conduit dans de nombreux cas à un déséquilibre entre la disponibilité réelle et l'offre effective. De plus, elle impose souvent un recours au système monétaire, car rare sont les situations où l'on peut disposer d'un bien qui ne nous appartient pas sans devoir aligner une certaine somme.

Les trois piliers du système actuel sont autant de barreaux pour chacun d'entre nous. La cage est parfois dorée mais nous sommes bel et bien prisonniers.… Nous n'avons pas pu choisir le monde où nous sommes nés, mais nous pouvons décider ce que nous voulons qu'il soit demain. Prisonniers de toute la Terre, ne voyez-vous pas cette lumière qui brille de l'autre côté de vos barreaux ? Avez-vous perdu tout espoir de l'atteindre ? Ces barreaux sont certes solides, mais comment pourraient-ils résister face à la force de notre volonté ? Unissons-nous contre les geôliers du peuple et tout le pénitencier s'écroulera. Car, si nos cellules sont isolées, c'est bien dans la même prison que nous somme tous enfermés.

Notre pays n'est pas à vendre !

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Vu sur le site de la R.T.S. : Un chantier pharaonique défraie la chronique à Villars-sur-Ollon

Dans la station de Villars-sur-Ollon, un chantier pharaonique défraie la chronique depuis près de 10 ans. Pour plusieurs dizaines de millions de francs, un couple russe se construit un "chalet-château", à moitié enfoui dans la montagne.

Il n'y aurait rien à redire si les propriétaires respectaient les lois et les règlements suisses. Mais depuis quelques années, le chantier dérive.

Autorisations non-respectées, violation de la loi sur la forêt, droit du travail bafoué, le chantier […] inquiète la commune et le canton.

Il est assez amusant de constater la manière de s'inquiéter des politiques :

Débordée par l'ampleur du dossier, la commune confirme que l'implantation ne respecte plus les autorisations accordées, mais reste impuissante. Le permis d'habiter devrait être refusé. A Lausanne, la direction générale de l’environnement promet que les violations de la loi cantonale sur la forêt seront sévèrement sanctionnées.

Résumons la situation : un énorme chantier pose problème depuis plusieurs années mais la commune est tellement débordée qu'elle n'a toujours rien pu faire. Au canton, on voit qu'il y a des soucis mais tout ce que l'on fait c'est de promettre des sanctions. Autrement dit, on voit les problèmes mais on a d'autres chats à fouetter.

Voici donc les politiques travaillant à plein rendement pour protéger leur pays… ce qui pourrait paraitre, disons, plutôt étonnant est que tout le monde se plaint mais on ne parle que de sanctions ou de refuser le permis d'habiter mais pas de bloquer le chantier. Ce ne serait pas là une tâche bien difficile. Mais tant la commune que le canton n'ont-ils pas intérêt à laisser le chantier se terminer et ensuite pouvoir soit taxer fortement les contrevenants soit saisir les biens ? Bien évidemment. Il ne faut pas se faire d'illusions, les politiques pensent à l'intérêt commun tant qu'il est aussi le leur. Au bon sens et à la défense du peuple ou de l'environnement se substitue facilement un joli bénéfice bien miroitant.

D'ailleurs, ils avouent eux-même leur désintérêt vis-à-vis du bien commun : Il n'y aurait rien à redire si les propriétaires respectaient les lois et les règlements suisses. Bien entendu, on ne se pose pas la question de la pertinence ou non des lois et règlements suisses ni de leur suffisance, on se borne à les appliquer. Peu importe la possible opposition des habitants des lieux ou la perte de terrains agricoles. Ces gens-là ne sont-ils pas capables de réflexion en dehors d'un cadre rigide ? En tout cas, nous avons tort de leur confier la gestion des affaires publiques.

Mais, politiques à part, le problème originel est tout de même causé par la vente de ce terrain à de riches étrangers. Cet exemple n'en est qu'un parmi tant d'autres. Il est facile de critiquer les «étrangers qui volent nos logements et mitent le territoire par leurs résidences secondaires». Il est tout autant facile de céder son terrain contre une somme intéressante. Si les habitants de ce pays n'étaient pas tant attirés par l'argent, jamais nos montagnes ne seraient devenues ce qu'elles sont. Toutes les lois du monde n'y changeront rien, ce sont les mentalités qu'il faut changer !

Cela dit, en remontant à la source du problème, c'est la notion même de propriété privée qui doit être remise en cause. Il n'est aucune raison qu'un individu puisse prétendre à un droit d'exclusivité sur des portions de notre bonne vieille Terre. Un terrain, c'est plus qu'un ensemble de chiffres. Un terrain, c'est une histoire, c'est un paysage, c'est une vie qui s'y déroule. En le monnayant à des gens sans scrupule, le premier coupable est-il le vendeur ou l'acheteur ? Qu'importe. Nous sommes tous victimes, consciemment ou non, de la dictature de la propriété. Privée ou étatique, la propriété est une oppression. Qu'il s'agisse d'un terrain, un logement, une fabrique ou une ressource naturelle, elle empêche ceux qui en ont besoin d'en faire usage et permet à d'autres de s'enrichir et de le détruire sans scrupule.

La liberté ne peut cohabiter avec la propriété. Tant que la société restera dominée par l'obsession de posséder, un monde libre restera une utopie.

Il n'est pas interdit de se plaindre. Il n'est pas défendu de rêver non plus.


Mise à jour 26.05.14

Aux dernières nouvelles, le chantier a été bloqué. Les autorités ont donc tout de même fini par réagir ; ce qui n'enlève rien pour autant au fait qu'ils aient laissé faire pendant plusieurs années alors qu'ils savaient pertinemment qu'il y avait des problèmes de non-respect des droits des travailleurs notamment.

Redonner du sens au travail

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La société contemporaine glorifie le travail. Quelle que soit l'activité exercée, dans la plupart des cas, ceux qui travaillent beaucoup et rapidement sont valorisés et présentés comme exemples à suivre. Les employés les plus performants ont souvent droit à des avantages (avancement, augmentation de salaire, etc.). À l'inverse, ceux qui sont un peu moins efficaces que la moyenne se voient soumis à une pression importante et craignent parfois pour leur emploi. Il est évident qu'un travail est à la base de toute chose ; il est donc bien fondé de le considérer à sa juste valeur. Mais, dans le monde contemporain, est-ce vraiment le travail d'une personne que l'on valorise ?

En réalité, la société a confondu depuis bien longtemps les notions de travail et d'emploi. La notion de travail renvoie nécessairement à une profession parfois exercée à titre indépendant mais qui l'est le plus souvent au service d'un employeur. La conséquence malheureuse de cette confusion est que, bien souvent, la seule chose importante aux yeux de la société, c'est l'emploi. Tout le travail effectué en dehors du cadre d'une profession officialisée n'est que secondaire.

Une profession, pour être reconnue comme telle, implique un ou souvent plusieurs diplômes, un titre officiel et donc une reconnaissance par l'État. Un travail a-t-il besoin de tout ceci pour être utile et mériter reconnaissance ? Certainement pas. Le travail effectué à titre personnel n'a pas de valeur marchande ; il ne vaut pourtant pas moins qu'un travail rémunéré, bien au contraire. Les personnes qui préparent elles-mêmes leurs repas plutôt que de diner hors de chez elles ; celles qui passent du temps à s'occuper de leurs enfants, petits-enfants, des enfants de leurs amis… plutôt que les confier à des garderies ; celles qui prennent soin de leur habitation, de leur potager ou de leur roseraie ; celles qui s'investissent pour animer la vie de leur village ou quartier… tout ceci est du travail, qui a au moins autant de valeur que n'importe quel travail rémunéré.

Ici se trouve le nœud du problème : la valeur du travail. La société se moque bien de la valeur que peut avoir un emploi, ce qui compte pour elle est que chaque personne en ait un. Être sans emploi est tout de suite perçu comme une situation anormale, problématique, à laquelle il faut remédier au plus vite. Pourtant, nombre de gens sans emploi fixe se rendent bien plus utiles à la collectivité que le travailleur moyen. Créer des emplois est perçu comme un acte nécessairement positif, ce qui fait que l'argument de la création d'emplois a souvent un effet massue qui passe dans l'ombre tous les autres aspects à étudier lors, par exemple, de l'installation d'une nouvelle entreprise ; quand bien même que ces emplois créés n'amènent souvent qu'à la disparition d'autres emplois ailleurs (emplois souvent plus agréables et riches d'un savoir-faire). En fait, la société en est arrivée au point de sacraliser le travail, sans se soucier de sa nature et de son intérêt.

Un autre problème réside dans la spécialisation à l'excès. Un nombre croissant d'emplois se limitent à quelques tâches très précises et répétitives. Ceci profite à l'employeur, car la spécialisation augmente la productivité ; mais l'employé serait certainement intéressé à faire d'autres activités durant ses quarante-deux heures hebdomadaires. Dans la même optique, il est difficile de combiner dans le monde professionnel deux activités totalement différentes l'une de l'autre. Une personne a une profession qui est inscrite dans les documents officiels ; sa personne est liée à cette «fonction», ce à quoi elle sert à la société. Pourtant les humains sont des êtres polyvalents, ils sont heureusement capables de s'adonner à toutes sortes d'activités. Bien entendu, certaines personnes apprécient de s'engager profondément dans un travail donné, mais ce n'est pas le cas de tout le monde ; pourtant la société est organisé autour du principe de base «une personne, un travail»…

Mais alors, avec tant de défauts, pourquoi continue-t-on dans cette voie ? C'est bien simple : peu de gens osent imaginer autre chose… ce qui est normal tant la société pousse ses membres à aller dans son sens. Parce que l'«on a toujours fait ainsi» (ce qui est d'ailleurs incorrect, par le passé de nombreux hommes travaillaient de manière bien plus polyvalente et plus libre qu'aujourd'hui) ; et aussi parce que le système scolaire pousse à la spécialisation. L'école pousse les élèves à favoriser un domaine au détriment des autres, ce qui n'est pas idéal : un élève peut très bien s'intéresser à la physique tout en appréciant le travail du bois. Or le système actuel ne le permet pas : pour étudier la physique, cet élève devra fréquenter le collège et devra pour ce faire renoncer à ses talents d'artisan. Si par contre il choisit la voie d'un apprentissage chez un ébéniste, il lui sera difficile d'approfondir ses connaissances scientifiques. Une autre élève, fascinée par le monde des chemins de fer, décide de s'engager sur cette voie et de suivre une formation de pilote de locomotive. En quittant l'école, elle n'aura jamais eu l'occasion de découvrir la philosophie, qui aurait pourtant certainement pu la passionner ; elle aura donc été forcée d'y renoncer de par sa formation professionnelle, et non par désintérêt pour la philosophie.

Que faire direz-vous… il est vrai que changer la société n'est pas une chose facile. Le plus important est de revoir notre façon de penser et surtout de convaincre le plus de monde possible d'en faire autant : sans changement des mentalités, il est très difficile de sortir de ce système. Il faut désacraliser l'emploi et oser sortir du cadre économique. Travaillons d'abord pour nous-mêmes, nos familles et nos amis. Ce que nous faisons nous-mêmes ne rapporte certes pas de salaire, mais c'est autant de travail que nous n'aurons pas à monnayer à d'autres. Il faut oser imaginer d'autres manières d'organiser le travail : s'associer plutôt que de travailler pour un employeur, proposer ses services à son entourage… Et surtout, redécouvrir la gratuité : il faut en finir avec la pensée du «tout travail mérite salaire» et limiter autant que possible la monétisation de notre quotidien.

Le monde reste à réinventer…

Si proches mais si loins de vous, les paysans suisses.

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Intéressant reportage, à voir si vous ne l'avez pas déjà visionné :

Paysan, une espèce en voie d'extinction ? (TSR, Temps Présent)

Paradoxalement, le monde agricole est tout proche de nous mais un fossé nous en sépare. La société urbaine côtoie la campagne mais semble ignorer tout de sa réalité. Pourtant la paysannerie traverse une période sombre qui n'est pas près de s'améliorer. Soumis à la dictature du marché, les agriculteurs n'ont bien souvent que deux options : accroitre le travail et la production ou disparaitre… En conséquence, des suicides, des faillites, des abandons. Le nombre d'exploitations agricoles diminue sans cesse.

Pendant ce temps, les grandes chaines de distribution importent massivement des produits alimentaires de piètre qualité et produits dans des conditions douteuses. Mais «c'est le consommateur qui décide», il parait.

Triste réalité. Est-ce là ce que nous souhaitons ?

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