De la (non-)participation aux scrutins politiques

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En cette période de campagne électorale en Suisse, il est une question que nombre d'entre vous allez vous poser: vais-je aller voter ou non? Question judicieuse s'il en est, surtout si vos opinions politiques sont assez proches des miennes..

Comme vous le savez certainement, on oppose généralement démocratie directe et démocratie représentative ou parlementaire. La frontière entre les deux peut parfois paraitre un peu floue, cela essentiellement du fait que beaucoup de systèmes politique représentatifs se réclament à tort de la démocratie directe, ou parfois d'une démocratie «semi-directe». Une véritable démocratie directe est un système dans lequel les citoyens exercent pleinement leur souveraineté, sans déléguer celle-ci à des représentants élus.

Parmi les partisans d'un tel système, dont je suis, une majorité prône l'abstention systématique lors d'élections parlementaires ou gouvernementales. Cela est aisément compréhensible: il est à première vue évident de refuser d'élire des gens dont on refuse l'autorité. Toutefois, tout en partageant l'idéal de démocratie directe, je considère pour ma part qu'il est sensé et même très souhaitable de participer aux élections, afin de pouvoir réaliser cet idéal.

Nous faisons ici face à une grande question que peuvent et qu'ont pu se poser tous ceux qui se trouvent en désaccord avec la société dans laquelle ils vivent: rester ou sortir? Autrement dit, vaut-il mieux quitter une société mauvaise pour en reconstruire une meilleure en dehors de celle-ci ou faut-il tenter de modifier cette société de l'intérieur? On oppose généralement ces deux approches, et pourtant je ne vois pas en quoi elles sont incompatibles. On peut très bien construire des alternatives en dehors de ce qui existe déjà, sans pour autant abandonner l'existant à une libre dérive qui risque bien de le mener à sa perte.

En effet, si les personnes aspirant à une société démocratique et égalitaire refusent de participer au système politique d'une société qui ne l'est pas vraiment, elles vont précisément contribuer au renforcement des tendances qui leur sont opposées. Les mouvances nationalistes, capitalistes et xénophobes se satisfont pleinement du système politique actuel qui leur est favorable. Si aucune réelle opposition ne leur est faite sur leur propre terrain, le pouvoir de celles-ci ne va cesser de grandir et les effets négatifs ne tarderont pas à se faire sentir sur l'ensemble de la société (privatisations, fermeture des frontières, répression policière, ...). Au contraire, certains courants politiques, sans pour autant viser l'abolition de l'autorité ou du système marchand, se montrent beaucoup plus ouverts face aux cultures dites «alternatives», font preuve de beaucoup plus de respect des différences, sont généralement partisans de la non-violence et se montrent soucieux du respect de l'environnement.

Aussi, les institutions étatiques étant bel et bien là, et même si je préfèrerais une organisation sociale radicalement différente, j'estime nettement préférable qu'elles soient dirigées par des gens du type cité précédemment, plutôt que par les partisans du capitalisme effréné et de la répression à tout va. Vous me direz, mais pourquoi ne pas directement renverser le système et mettre en place une organisation meilleure? Le problème est simple: un tel ordre social ne peut fonctionner sans qu'un nombre conséquent de personnes y adhèrent. Or ce n'est malheureusement pas le cas aujourd'hui. Beaucoup se satisfont des avantages que le système consumériste leur apporte et ne voient pas la nécessité d'un changement. Même parmi les plus défavorisés, nombreux sont ceux qui, devant notamment l'échec du «communisme» soviétique (qui, cela dit, n'était pas un échec dans tous les domaines), se résignent à croire qu'il n'y a pas de meilleure alternative au système actuel.

Alors, si vous hésitez encore, je vous dis: oui, allez voter! Faute d'avoir changé le monde comme certains pourraient tenter de vous le faire croire, vous aurez au moins contribué à freiner la spirale infernale dans laquelle semble toujours entrer ce système à chaque nouvelle crise. Si ce n'est pour vous, faites-le au moins pour ceux qui n'ont pas envie d'avoir à lutter toujours plus contre une société toujours plus inhumaine...

Le retour du rideau de fer

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Face à l'afflux de réfugiés fuyant la guerre et la dictature au Proche-Orient, l'Europe se barricade. Et lorsque je parle de barricades, n'y cherchez pas une quelconque métaphore: il s'agit bien de solides barrières qui commencent à s'élever aux frontières extérieures de l'UE.

Vingt six ans plus tôt, en mai 1989, la Hongrie était le premier pays à démanteler le rideau de fer qui séparait alors Est et Ouest. Ironie de l'histoire, aujourd'hui la même Hongrie est la première à reconstruire des barrières en plein milieu de l'Europe. C'est une clôture haute de quatre mètres qui est en cours de construction sur les 175 km de frontière avec la Serbie…

L'Union a presque aboli ses frontières intérieures, mais cette évolution s'est accompagnée et s'accompagne de plus en plus du renforcement des frontières extérieures. La Grèce et la Bulgarie ont déjà construit des «murs» similaires à leur frontières avec la Turquie, l'Espagne a fait de même autour de ses exclaves sur la côte marocaine.

Aux frontières de l'UE où la pression migratoire n'est pas trop forte, par exemple les frontières orientales avec la Russie, il n'est pour l'instant pas question de clôtures mais les contrôles se sont largement renforcés depuis l'entrée des pays concernés dans l'Espace Schengen. En résulte naturellement une situation assez gênante pour les populations vivant dans les zones frontalières.

Pour revenir à la situation en Hongrie, voici comment le président Viktor Orbán justifie ce blocus:

« Il existe un lien clair entre les immigrants illégaux qui viennent en Europe et l’augmentation du terrorisme. C’est évident pour les pays anglo-saxons, mais les autres le nient. Et nous ne pouvons bien-sûr pas exfiltrer les terroristes de cette gigantesque foule. »

La montée du terrorisme en Europe ne doit pas plus aux immigrés illégaux qu'aux immigrés légaux et encore moins qu'à l'endoctrinement de la population résidente par des fanatiques (essentiellement islamistes), via internet notamment. Les fanatiques en question, s'ils souhaitent venir en Europe, choisiront à coup sûr une voie bien plus rapide et confortable, car ces gaillards-là ne sont pas de pauvres gens sans le sou…

Alors, oui, il faut lutter contre le terrorisme, mais cette lutte doit se faire non pas en devenant paranoïaque comme semblent le devenir de plus en plus de gens dans le monde occidental, mais en combattant le mal à sa source. Comme il nous sera difficile de démanteler les réseaux terroristes internationaux, il faut éviter à tout prix que des gens rejoignent ces milieux, ce qui passe par de la prévention mais surtout par plus de solidarité envers les classes défavorisées. La misère est la voie royale vers la violence, surtout dans une société inégalitaire. Il est plus que jamais nécessaire de ne laisser personne au bord du chemin.

Pas de sécurité sans solidarité, cela me semble évident, mais visiblement ce n'est pas l'avis de tout le monde sur ce continent. Peut-être ceux-là sont-ils nostalgiques du grand rideau de fer…

Germanophobie européenne

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1945… Plus jamais ça qu'on se disait. Il fallait construire une Europe nouvelle, une Europe unie…

1990… Fin d'une longue époque de confrontation stérile. La grande Allemagne renait. Le rêve européen se concrétise…

2015… L'union ne fonctionne pas comme prévu. On se plait à accuser le grand méchant loup allemand…

La crise du système financier et ses conséquences est l'occasion rêvée pour certains de ressortir leurs vieilles rancunes à l'égard de l'Allemagne. À entendre certaines déclarations, je crois que tous n'ont pas encore tiré les leçons de toutes les guerres des XIXe et XXe siècles.

Le nom qui me vient immédiatement à l'esprit dans cette catégorie est celui de Jean-Luc Mélenchon. Médiatique, rassembleur, l'homme fort du Parti de Gauche français ne mâche pas ses mots. Peut-être devrait-il toutefois y réfléchir à deux fois de temps à autres… Pour lui, le problème numéro un de l'UE, c'est l'Allemagne. Le titre de son dernier livre ? « Le hareng de Bismarck (le poison allemand) »

Un petit détour sur son blog et j'y lis ceci : « Tsipras a cru bien faire en acceptant les humiliations dictées sous le fouet du « gouvernement-allemand-de-droite-CDU-CSU-et-du-PS » que, par confort de langage et respect pour la patience de qui me lit je nommerai « gouvernement allemand » ou « Merkel » ou « Schaüble ». Je fais cette précision dans l’espoir de ne pas brutaliser les oreilles délicates de Cécile Duflot pour qui l’Allemagne éternelle et intemporelle « n’est pas notre ennemie » davantage que je ne suis son ami. »

Comprenez-y ce que vous souhaitez…

Pour ma part je ne supporte pas d'entendre ces agitateurs politiques accuser encore et toujours l'Allemagne d'être responsable de tous les maux au sein de l'UE. Certes, l'Allemagne est le plus gros poisson au sein de l'Union, et Angela Merkel a un poids très important dans la politique internationale, mais il est un peu facile de résumer la situation à un gros méchant et des pauvres victimes.

Je suis loin, très loin d'approuver la politique du gouvernement de la RFA et je me joins aux critiques à son égard. Mais est-ce pour autant que les autres soient meilleurs ? Le gouvernement prétendument socialiste de François Hollande s'est-il opposé de quelque manière, par exemple dans le cas de la crise grecque, aux mesures imposées au peuple grec ? Les gouvernements néerlandais, espagnol, irlandais, finlandais ou autres se sont-ils comportés différemment ? Certes, ils sont moins bavards qu'Angela Merkel, mais leur politique est la même.

Alexis Tsipras, que l'on croyait véritable homme de gauche au service de son peuple, a cédé face aux grands capitalistes. Le seul moyen d'éviter ce « Grexit » tant redouté, qu'il disait. Mais une sortie de la Grèce de la zone Euro aurait-elle eu de pires conséquences que de nouvelles mesures d'austérité ? À vrai dire, j'en doute fortement. Mr Tsipras et ses collègues n'ont pas osé imaginer une autre voie que celle de rester dans la zone Euro. Pourquoi ? Était-ce être au service de son peuple que d'accepter des mesures d'austérité auxquelles lui-même ne croyait pas ?

Alors oui, c'est facile d'accuser l'Allemagne d'être le responsable de la crise grecque alors que personne n'a vraiment fait quelque chose pour s'opposer à la politique de Mme Merkel. Oui, ça fait du bien à son égo de dire que nous sommes les gentils et qu'ils sont les méchants. De toujours reporter la faute sur l'étranger, celui que l'on n'aime pas. Mais cela, c'est de la politique de bas étage, du populisme électoraliste. Qui ne dit mot consent, chers politiciens. Attaquez-vous déjà à vos propres gouvernements avant de vous occuper de l'Allemagne, plutôt que de lancer des boutades aux relents germanophobes dignes des années 1930…

Peut-être faudrait-il également rappeler à certains que l'UE est un regroupement volontaire de différents États européens, que si l'on n'est pas prêt à accepter que l'Allemagne, de par sa démographie, y ait un poids considérable, mieux valait peut-être ne pas y adhérer. Et pour ceux qui traitent l'Allemagne d'impérialiste, je vous rappelle qu'une clause de retrait de l'union existe et que chaque membre est libre de l'utiliser s'il le souhaite. À bon entendeur.

La démocratie représentative, c'est cela, mes chers : les plus forts ont toujours raison. Si vous n'osez pas imaginer un autre système, il faudra vous y plier…

Social-libéralisme ou la trahison de la gauche

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Il fut un temps où les partis sociaux-démocrates et écologistes avaient l'ambition de changer la société. Sans avoir les ambitions révolutionnaires que les communistes ou les anarchistes pouvaient nourrir, ces partis dits de gauche croyaient en un système où la société ne serait pas guidée par les marchés financiers et osaient passer à l'offensive pour réclamer des avancées sociales. Lointaine époque désormais. L'effondrement des systèmes marxistes-léninistes a persuadé l'Europe qu'il ne pouvait y avoir d'alternative au capitalisme. Les grands partis de gauche n'ont pas échappé à ce tsunami néolibéral. Pas plus tard qu'hier, je lisais dans un journal une déclaration de la présidente des Verts suisses, Mme Adèle Thorens, déclaration illustrant à merveille la politique des Verts d'aujourd'hui :

« Nous devons encore lutter contre le préjugé prégnant d'une large frange de la population pour qui l'écologie est synonyme de danger pour l'économie. »

La messe est dite. Oubliez ces écologistes baba-cools des années 1970 qui critiquaient le système économique. Les Verts d'aujourd'hui cherchent à froisser le moins possible les milieux économiques. Le capitalisme vert, les « green techs » voilà la solution selon eux. La décroissance ? Mais non, voyons, ce serait contre-productif, l'idéal est le développement durable…

Qu'on ne me présente plus les Verts comme porteurs d'une autre vision de la société !

Une autre belle illustration de cette trahison de la gauche traditionnelle se trouve sur le site internet du parti social-démocrate d'Allemagne (SPD). J'y lis en grand sur la page d'accueil »Mehr Zeit für Familien - Entspannt durch das alltägliche Chaos«, ce que l'on peut traduire par « Plus de temps pour les familles - Détendu parmi le chaos quotidien ». Je trouve ces quelques mots magnifiques tellement ils sont révélateurs. Quoi de plus explicite ? Détendu parmi le chaos quotidien… le parti ne cherche même pas à mettre de l'ordre dans ce chaos, mais simplement à le masquer.

Quelle résignation ! Masquer les problèmes au lieu de chercher à les résoudre, j'appelle cela du socialisme de façade.

J'espère qu'après cela vous ne considèrerez plus les partis sociaux-démocrates et apparentés comme porteurs d'une alternative sociale et économique. Pourtant nombre de personnes votent encore pour ceux-ci en croyant que la politique va changer. Une fois déçus, ils votent pour l'extrême droite…

Égalitarisme cosmétique

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Je ne sais pas si vous avez remarqué l'obstination dont font preuve certains milieux à vouloir instaurer des quotas féminins. Concrètement, ces gens souhaitent obliger les gouvernements et parlements, mais aussi les conseils d'administration des grandes entreprises privées, à comporter au minimum 40% de femmes.

L'objectif électoraliste est à peine dissimulé : il ne fait aucun doute, les partis politiques cherchent s'attirer les voix d'un électorat féminin.

Il faut avouer l'inutilité concrète de la mesure : qu'une entreprise, une commune ou un pays soient administrés par des hommes ou des femmes, je ne vois pas en quoi cela pourrait changer la politique qui y est faite. Il me semble que les opinions politico-philosophico-religieuses ne sont pas physiquement déterminées chez une personne et qu'on rencontre des hommes comme des femmes de tous bords et de tous idéaux.

N'est-ce pas là du pur sexisme ? Si quelqu'un venait à demander une mesure similaire dans le sens opposé, par exemple contraindre les écoles publiques de composer leur corps enseignant d'au minimum 40% d'hommes, je suis certain que les mêmes qui réclament des quotas féminins crieraient au scandale. Nous ne sommes pas du tout dans un esprit d'égalité mais d'opposition entre les deux sexes, c'est aberrant. Une fonction devrait être assumée par une personne compétente en la matière, et cela peu importe son sexe. La couleur de peau ne rentre pas en compte lors de l'attribution d'un poste, je ne vois pas au nom de quoi le fait d'être une femme ou un homme devrait l'être ?

Il est incontestable que nombre de femmes sont aujourd'hui encore victimes d'injustices de traitement face à des hommes, ce qui est intolérable à notre époque. Des quotas seraient justement contre-productifs, car ils masqueraient cette inégalité, ancrée bien plus profondément dans la société. Ce genre de mesures sert simplement à donner l'impression que l'égalité est enfin réalisée, alors qu'il n'en est rien.

Je trouve que cet exemple en dit très long sur l'état d'esprit dominant dans cette société où l'on est d'accord que ça ne va pas mais où la plupart préfère toujours contourner le problème…

Ce n'est pas par des retouches cosmétiques que l'on change les mœurs. À quand des quotas de blonds ?

Nicolas 1er, le retour ?

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Tiens, cette tête me dit quelque chose…

Eh, mais n'est-ce pas là ce cher Nicolas qui nous fait son retour en sauveur providentiel ?

Mais oui, c'est bien lui, Nicolas Sarkozy en personne, celui-là même qui, en 2012, déclarait abandonner définitivement la politique en cas de défaite à l'élection présidentielle. Il a osé revenir, le bougre, et pas par la petite porte.

Pour commencer en beauté, tant qu'à faire, il a changé le nom de son parti. Histoire de donner l'impression qu'il y a quelque chose de nouveau, alors que ce sont les mêmes avec les mêmes idéaux ; mais le nouveau, ça marche, ça fait vendre, et surtout ça fait parler de lui.

Adieu donc l'Union pour un mouvement populaire (UMP) et bonjour « Les Républicains ». Rendons à César ce qui est à César, il y a du progrès au niveau de la terminologie. Certes, on ne sait toujours pas plus ce qu'ils veulent, la quasi-totalité des partis politiques français se réclamant du système républicain, mais tout au moins ça veut enfin dire quelque chose.

Je me suis donc amusé à visiter leur nouveau site internet.

Premier constat : le mouvement joue sur la fibre nationaliste. Je suis accueilli par une véritable forêt de drapeaux tricolores.

Juste après, je suis plutôt surpris de la phrase censée interpeler le visiteur : « Je veux l'alternance ! ». L'alternance ? Mais pourquoi l'alternance ? Par alternance je comprends le basculement périodique de la majorité parlementaire de gauche à droite et vice-versa. L'objectif de ce mouvement politique n'est donc pas d'arriver au pouvoir et d'y rester ? En suivant leur logique, ils ne revendiquent pas le changement mais simplement le droit à leur tour au pouvoir (et ensuite ce serait à nouveau le tour des opposants). Ce n'est certainement pas en se basant sur un principe d'alternance que l'on fait avancer les choses.

Ensuite, pour m'amuser un peu, j'ai cliqué sur l'onglet « Valeurs ». J'avoue que j'ai bien ri en lisant leur définition du concept de « république » :

« la République, ce miracle par lequel tant d’hommes dans le monde qui se sont endormis sujets, se sont réveillés citoyens, parce que ce mot signifie pour eux une certaine idée de l’Homme, une exigence qui fait passer les devoirs avant les droits, un « non » catégorique à toutes les formes d’asservissement, et à tout ce qui porte atteinte à l’égale dignité de la femme, de l’homme et de l’enfant »

N'y a-t-il pas là une sorte de contradiction entre faire passer les devoirs avant les droits et en même temps s'opposer à toutes les formes d'asservissement ? J'appelle cela de l'asservissement que de voir ses droits relégués au second plan… D'ailleurs je lis juste après « Républicains, c’est le nom de celles et de ceux […] qui veulent vivre debout, de leur intelligence, de leur travail, de leur mérite sans être redevable à personne. ». Si je résume, ces gens souhaitent donc que chacun ait des devoirs qui passent avant ses droits mais en même temps ne soit redevable à personne ? Enfin, je ne sais pas, mais je trouve tout de même qu'il y a quelque chose de louche là-dedans.

En revenant à des choses plus sérieuses, on apprend que le mouvement défend des idéaux de travail, de mérite et d'autorité. Il n'y a pas de doute, on est bien à droite. On n'est même pas bien loin du fameux « Travail, famille, patrie » du régime de Vichy, ne trouvez-vous pas ? Au moins, reconnaissons-le, ce parti ne joue pas sur la fibre populiste en prétendant défendre les plus faibles et les oubliés du système.

Par contre, je n'ai pas vraiment compris ce que vient faire cette affirmation là-dedans :

« Républicains, c’est ainsi que se nomment celles et ceux pour qui le combat contre le fanatisme et l’intégrisme, contre l’obscurantisme et la déraison, contre la barbarie et la sauvagerie qui menacent toute forme de civilisation dans le monde, est au-delà de la droite et de la gauche. »

Si je suis parfaitement d'accord sur le fait que le combat contre le fanatisme et l'intégrisme n'a rien à voir avec le clivage gauche/droite, cette phrase est plutôt incongrue : le mouvement avoue ainsi qu'il n'est pas seul à pouvoir revendiquer son nom ! Étrange, non ?

Ceci dit, j'ai été très surpris de ne pas trouver le moindre programme politique ! En effet, à part ces longues et belles phrases pleines d'idéaux rassembleurs, il n'y a aucune proposition concrète, aucune solution, rien. Tout compte fait, ce n'est pas bien différent du PLR suisse…

Voilà donc notre monarque détrôné bien fidèle à lui-même, cherchant à rassembler les troupes derrière lui avec de belles déclarations sans vraiment chercher à changer grand chose. Espérons que les citoyens qui se rendront aux urnes dans deux ans ne se laisseront pas séduire si facilement.

Nicolas 1er, bientôt un second règne ? Si seulement les gens pouvaient enfin se convaincre qu'il existe d'autres options que l'alternance ou le statu quo…

La taupisation nous guette...

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L'avenir du rail en Suisse est sous terre.

C'est du moins ce que prétend Michel Béguelin, ancien conseiller aux États.

Son raisonnement est clair comme de l'eau de source et peut se résumer ainsi :

1) Les infrastructures tant routières que ferroviaires sont saturées, donc il faut les agrandir

2.1) Pour ce faire, il faut effectuer des travaux qui vont gêner les usagers pendant de longues années

2.2) On manque de place pour construire de nouvelles infrastructures

2.3) On ne peu pas « laisser des toiles d'araignée d'infrastructures à nos enfants »

3) La solution est donc de mettre le chemin de fer sous terre

C'est là une réflexion tout à fait logique sur laquelle je n'ai rien à redire, si ce n'est que je ne suis pas d'accord avec le point 1…

Voilà le cas typique de quelqu'un qui ne voit qu'une seule solution pour résoudre un problème parce qu'il ne remet pas en cause les origines de ce problème.

Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais pour ma part j'estime préférable de remettre en question la croissance démesurée des déplacements pendulaires (et surtout les causes de ces déplacements) que de me retrouver à devoir voyager sous terre. Ces gens n'éprouvent-ils donc aucun plaisir à admirer les couleurs d'un paysage qui défile ?

Un autre choix de vie : les coopératives Longo Maï

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Nous sommes nombreux à critiquer nos sociétés trop individualistes où la plupart des gens vivent loin de la nature. Cependant, combien d'entre nous serions prêts à opter pour un mode de vie très différent, quitte à vivre un peu à l'écart du reste de la société ?

Depuis 1973, c'est la voie que les membres des coopératives Longo Maï ont choisi. Ces communautés sont installées dans des régions agricoles reculées dont elles font revivre les terres qui leur fournissent ainsi l'essentiel de leur subsistance. Chacune de ces coopératives vise un niveau d'autosuffisance élevé, aussi leur agriculture (biologique) se situe aux antipodes des monocultures dont les dégâts ne sont plus à présenter. Leurs activités ne se limitent pas à l'agriculture et à l'élevage : l'artisanat joue également un rôle important.

Tout en étant quelque peu isolés de la société (ces fermes sont situées en dehors des villages), les gens qui y vivent profitent d'une véritable vie communautaire : tous les membres vivent ensemble, travaillent ensemble et partagent les mêmes biens. L'argent est quant à lui placé dans une caisse commune et ne sert qu'aux échanges commerciaux avec l'extérieur ; personne ne touche de salaire. Il ne faut pas croire toutefois que ces gens vivent dans un système refermé sur lui-même : les communautés ont de nombreux échanges avec les villages alentour et les agriculteurs de la région, et les enfants fréquentent les écoles publiques.

À contre-courant de la tendance mondiale à la concentration urbaine qui, paradoxalement, distancie et isole les individus, l'idée d'une vie plus solidaire et plus proche de la nature séduit quelques uns. Si un tel mode de vie ne peut assurément pas convenir à tous, l'idée mérite d'être mieux connue.

Serez-vous le prochain à rejoindre l'une de ces communautés ? En tous les cas, n'hésitez pas à en apprendre plus en visitant le site internet de Pro Longo Maï. Mieux encore, si vous en avez l'occasion, ne vous privez pas d'une visite à la communauté du Montois (Jura).

Fukushima, quatre ans plus tard

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Le 11 mars 2011, le Japon vivait le deuxième véritable accident nucléaire de l'histoire.

Beaucoup d'encre a coulé autour de l'atome en cette année-là. La Suisse et l'Allemagne ont même proclamé solennellement leur volonté de s'affranchir de cette source d'énergie.

Mais depuis ? Qu'est-ce qui a changé ? Nos centrales atomiques sont toujours là et on continue à en construire de nouvelles de part le monde. On compte en Chine plus d'une vingtaine de centrales en construction…

En Suisse ? On parle de sortie du nucléaire pour 2034… c'est loin. Je m'imagine déjà tous les prétextes que nos compagnies électriques vont avancer pour repousser sans fin l'échéance.

C'est toujours pareil… il y a un grosse catastrophe, tout le monde en parle et prend de bonnes résolutions ; quelques années passent et tout le monde a déjà oublié.

Car ce n'est pas parce que ça n'explose pas et que ça n'émet pas de CO2 qu'il n'y a pas de problème, ne l'oublions pas. Nos décideurs savent-ils d'où vient l'uranium utilisé dans ces centrales ? Ont-ils une idée des dégâts causés par son extraction ? Sans parler des tonnes de déchets nocifs dont on ne sait que faire.

Certains décideurs n'en ont réellement aucune idée. D'autres le savent mais s'en moquent bien, c'est bien trop loin de chez eux pour qu'ils se sentent concernés. Comment peut-on faire confiance à de telles personnes ? En même temps, pourquoi changeraient-ils d'avis ? Le peuple ne se plaint pas et fait confiance, comme toujours.

Trêve de bavardages. Si vous voulez au moins avoir le sentiment d'être utile, faute de parvenir à fermer vos centrales nucléaires, personne ne vous empêche de signer la pétition en faveur d'une politique climatique équitable.

Oui à l'essence à cinq francs

Rédigé par Aurélien - - 15 commentaires

Quoi ? Cinq francs le litre d'essence !

Oui, vous avez bien lu. Non, ce chiffre brandi par les opposants à l'initiative proposant d'introduire une taxe sur les énergies non renouvelables en lieu et place de la TVA n'est certainement pas exagéré. C'est ce qui attend vraisemblablement les automobilistes de ce pays si l'initiative est acceptée.

Et pourtant, j'accorderai mon oui à cette initiative. Mais pourquoi donc ?

Avant tout, regardons plus exactement de quoi il est question :

Aujourd'hui, en Suisse comme partout ailleurs en Europe, est en vigueur le système de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Cela signifie que si quelqu'un, qu'il s'agisse d'une entreprise ou de vous et moi, achète des courges à un marchand ou paye le plombier venu déboucher la baignoire, paye en plus une taxe à la Confédération (souvent sans même y songer car incluse dans la facture) : 8% en général, 2.5% pour certains biens «de base» (alimentation, livres, etc.). Cet argent, tout comme les impôts, sert à financer les diverses tâches de la Confédération (services publics, assurances sociales mais encore autoroutes ou armée) et constitue 35% des revenus fédéraux.

L'initiative propose de supprimer cette taxe.

En contrepartie, dans une perspective écologique, une taxe nouvelle serait introduite, taxe qui toucherait exclusivement les énergies non renouvelables (c'est à dire nucléaire, gaz, charbon, pétrole et dérivés) ainsi que l'énergie grise qui se cache derrière de nombreux produits. Cependant ces taxes devraient rapporter à la Confédération autant d'argent qu'en rapporte la TVA aujourd'hui. Naturellement, pour atteindre cet objectif, les taxes devront être très fortes. Cela implique que les prix de l'essence, du mazout, du gaz et, dans une moindre mesure, de l'électricité seront bien plus élevés qu'aujourd'hui.

Certains prétendent que ce n'est pas aux pauvres citoyens que nous sommes de supporter les couts d'une transition vers d'autres énergies plus propres. Eh bien moi je prétends que si. Si, parce que le réchauffement climatique est bel et bien là et nous concerne tous, qu'on le veuille ou non. Et c'est bien nous, en circulant en voiture, en nous chauffant au gaz et en achetant des produits dont la fabrication et le transport sont polluants, qui contribuons au réchauffement planétaire. De plus, avec la suppression de la TVA, les prix de beaucoup de biens et services baisseront, donc au final nous ne payerons pas plus de taxes.

D'autres diront que cette taxe, en remplissant son objectif de diminution de la consommation d'énergie non renouvelable, va en quelque sorte s'autodétruire, menant la Confédération et tout ce qui en dépend (AVS, AI, CFF, …) à des soucis financiers. Bien entendu qu'une telle taxe ne va pas assurer les recettes fédérales sur le long terme ! Seulement, il n'est pas interdit, une fois la taxe sur l'énergie ayant rempli son rôle, de la remplacer à nouveau par une TVA ou d'augmenter les impôts pour les plus fortunés (ce qui serait plus juste qu'une TVA qui s'applique à tous sans distinction).

Par contre, tant que cette taxe sera en vigueur, elle devra pour générer suffisamment de revenus être augmentée au fur et à mesure que la consommation d'énergie polluante baissera, incitant de plus en plus les gens à se tourner vers d'autres sources d'énergie, et, mieux encore, à réduire leur consommation.

De plus, l'essence devenant plus onéreuse, beaucoup de personnes n'habitant pas en zone urbaine risquent de se tourner plus fréquemment vers le train, ce qui générera d'autant plus de rentrées financières aux compagnies ferroviaires et leur permettra d'améliorer leur offre (meilleure desserte en zone rurale, nouvelles lignes, etc.).

De même, la demande pour de nouveaux véhicules non polluants s'en trouvera grandie et les sociétés développant de tels véhicules ne seront plus soumis à la concurrence «déloyale» des automobiles roulant aux hydrocarbures.

Pour couronner le tout, ne plus dépendre des sources d'énergie fossile assurerait un approvisionnement énergétique sans avoir à se plier aux conditions des mafieux qui détiennent les réserves de pétrole, de gaz et d'uranium.

Définitivement, cette idée serait profitable à l'environnement mais aussi au plus grand nombre. Si cela fonctionne en Suisse, alors certainement que l'Europe et même d'autres s'en inspireront.

Ce n'est pas souvent que nous sommes amenés à voter sur des initiatives réellement utiles à la société. Pour une fois que l'occasion s'en présente, il ne faut pas hésiter. Même s'il y a peu de chances que ce pays conservateur accepte une telle mesure, votons clairement OUI !

Cela dit, vous trouverez dans la même enveloppe de votation une autre initiative nettement moins utile. Son objectif ? Réduire les impôts prioritairement pour les familles aisées, secondairement pour les familles moins aisées et pas du tout pour tous ceux n'ayant pas d'enfants. Cela n'est pas présenté ainsi mais c'est bien là de quoi il retourne. Même si une réduction d'impôts sonne bien au premier abord, ce seront autant de coupes dans les services publics, et surtout… un peu de justice, que diable ! Il n'y a pas lieu de favoriser les ménages ayant des enfants face aux autres, et encore moins d'offrir des cadeaux aux riches.

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